jeudi 19 novembre 2020

La vie derrière soi

Quand j'étais jeune (et belle)...

 
D'un souffle printanier l'air tout à coup s'embaume.
Dans notre obscur lointain un spectre s'est dressé,
Et nous reconnaissons notre propre fantôme
Dans cette ombre qui sort des brumes du passé.

Nous le suivons de loin, entraînés par un charme
À travers les débris, à travers les détours,
Retrouvant un sourire et souvent une larme
Sur ce chemin semé de rêves et d'amours.

Par quels champs oubliés et déjà voilés d'ombre
Cette poursuite vaine un moment nous conduit !
Vers plus d'un mont désert, dans plus d'un vallon sombre,
Le fantôme léger nous égare après lui.

Les souvenirs dormants de la jeunesse éteinte
S'éveillent sous ses pas d'un sommeil calme et doux ;
Ils murmurent ensemble ou leur chant ou leur plainte,
Dont les échos mourants arrivent jusqu'à nous.

Et ces accents connus nous émeuvent encore.
Mais à nos yeux bientôt la vision décroît ;
Comme l'ombre d'Hamlet qui fuit et s'évapore,
Le spectre disparaît en criant : Souviens-toi ! 
 
Le fantôme 
Louise Ackermann

mercredi 18 novembre 2020

Chez JJ & J,

La formation des secrétaires à la communication non verbale...


est assurée en interne par une équipe de collaborateurs experts sur la base d'exercices pratiques élaborés en tenant compte des spécificités de l’activité professionnelle. Le stage est sanctionné par un test certifiant S.S.C.O.G (Secrétaire Spécialisée Capacité Orale et Gestuelle).

Vivement lundi !

mardi 10 novembre 2020

Jeu de société (3ème partie)

Entre gentlemen


Mademoiselle reparait au salon les mains chargées de tout un inventaire à la Prévert. Outre le sévère french martinet aux 13 lanières de cuir section carrée de chez London Taner que son homme révère, et l'incontournable canne en rotin si traditionnelle dans l'éducation anglaise qu'ils pratiquent, elle apporte trois sextoys. Son rosebud en acier à cabochon en forme de heurtoir à tête de lion et dont l'anneau permet de la tenir en laisse ou de le garnir de poids ou de grelots pour de petits exercices de renforcement musculaire,  d'adresse ou d'obéissance, au gré des inventions perverses de Monsieur. Le double plug anal Fuck Plug de KINK by Doc Johnson et le plug Anal The Raging de Doc Johnson, tous deux d'aspect moins ornemental et de nature moins complaisante que le premier et qui ne s'immiscent que très occasionnellement dans leurs jeux, mais avec quelle redoutable efficacité !

Mademoiselle se débarrasse en vrac plus qu'elle ne pose le tout sur la table basse entre les assiettes vides et, sur l'injonction de Monsieur, va prendre position face au fauteuil, jambes tendues et écartées de la largeur des accoudoirs, buste penché en avant, reins cambrés et mains posées à plat sur l'assise, avec l'interdiction de bouger. Elle ne peux qu'imaginer le tableau qu'elle offre à voir à son public, ayant renoncé à se dérober à ces regards inquisiteurs qui ont probablement déjà repéré le sillon humide et luisant qui se dessine entre ses grandes lèvres gorgées de désir.

Monsieur quant à lui n'est pas pressé de rentrer dans le vif du sujet, et revêt le costume de maître de conférence pour disserter sur les mérites, inconvénients et bienfaits de chacun de ses précieux auxiliaires dans l'édification et la soumission de sa si malicieuse, insolente, bornée et mutine petite chérie qui n'apprend ses leçons que lorsque ces dernières lui sont inculquées par la force, et ne fait preuve d'ouverture d'esprit que par l'intromission de certains arguments au plus profond du centre névralgique de sa reddition. Il insiste sur le sacerdoce que représente cette mission, combien elle lui coûte, combien elle impose de sacrifices et de persévérance... On en pleurerait !

A la vue de son cul déjà bien rouge et échauffé par la fessée manuelle préliminaire, Monsieur décrète que Mademoiselle est prête à subir la morsure du cuir, plus sévère, qui vient sanctionner, en sus du reste, l'évident plaisir que cette petite délurée exhibitionniste a pris à ce traitement pourtant administré à des fins punitives. Pour faire la démonstration magistrale de ce qu'il avance, Monsieur glisse la pulpe de son index le long de la vulve offerte, depuis le clitoris jusqu'au vagin qu'il pénètre lentement de toute la longueur de son doigt. Ce dernier ressort trempé du flot tempétueux qui agite les profondeurs de la belle repentante. Preuve irrévocable, cqfd !

Monsieur encourage son ami à se saisir de sa propre ceinture, accessoire vestimentaire dont il ne saurait trop chanter les louanges, tandis que lui-même empoigne le martinet ; et c'est à deux qu'ils fondent sur leur proie. L'ami au début timide a tôt fait d'oublier ses scrupules et d'adapter l'intensité et le rythme de ses cinglées sur ceux de Monsieur ;  Mademoiselle en est réduite à se dandiner de droite et de gauche pour esquiver et amortir les coups, sans qu'aucune réussite ne vienne couronner ses efforts qui attisent l'ardeur de ses bourreaux. Elle n'est plus que remords, suppliques et excuses. Son cul est en feu, son sexe dégouline de cyprine sur le haut de ses cuisses.

Lorsque les stries virent au cramoisi, Monsieur estime qu'une pause s'impose. Il n'aime guère les marques permanentes et en instruit son comparse. Nulle histoire de ce livre dont il est le héros ne saurait être gravée dans la chair, et la page, sitôt tournée, doit revenir à sa virginale blancheur pour être réécrite encore et encore. Monsieur aurait peut-être du s'orienter vers la plume plutôt que vers le clavier ! Passons. Il envoie Mademoiselle s'imprégner de sa disgrâce au coin, mains sur la tête, tandis qu'il éclaire à présent l'ami sur l'usage des sextoys, car bien qu'étant dans le fond tous alloués au même office, chacun agit selon sa forme.

Ainsi le rosebud est plutôt un bijou qu'il aime lui faire porter en public, pas à la vue de tous, certes, mais l'esprit y est. Restaurant, théâtre, shopping ou même au travail, à l'occasion. Cette présence au creux des reins, bien que discrète, rappelle à la demoiselle son appartenance. Mais il peut aussi s'avérer être un objet des plus ludiques pour peu que son mâle propriétaire sache se montrer imaginatif. Enfin il permet l'effraction d'un pertuis étroit que Monsieur s'arroge le droit de posséder car c'est encore là qu'il exerce le mieux son emprise. Et si un bon croquis vaut mieux qu'un long discours, l'exemple le dispensera d'un plus long et ennuyeux développement.

Mademoiselle est à nouveau priée de prendre la position adéquate dans son coin : debout jambes tendues, penchée en avant nez aux genoux, ses mains venant écarter ses lobes culiers pour présenter son tendre anneau à la pénétration imminente. Monsieur lubrifie la pointe de l'obus en l'humectant aux lèvres du sexe béat qui salive et bave sans retenue, et l'introduit précautionneusement dans le tunnel dont il force l'entrée, arrachant un râle de désespoir honteux mêlé d'une intense félicité. Qu'elle reste donc ainsi, le temps qu'il termine son exposé !

Monsieur s'en revient à son rôle de représentant façon réunion TupperWare, pas peu fier de faire l'article de ses produits au copain. Il ne tarit pas d'éloges sur les deux cousins phalliques du bon docteur qui se montrent sans conteste plus ambitieux. Leurs diamètres respectifs parlent d'eux-même, inutile de s'éterniser sur les bénéfices attendus. Le premier sert de prélude à de hussardes sodomies, et tout comme la banane, il se déguste par les deux bouts ! Avec la commodité d'offrir une poignée fort pratique car d'une bonne préhension du Monsieur naît une saine appréhension chez Mademoiselle. Le second constitue le point d'orgue d'une séquence éducative poussée chez une élève rebelle, qui ne nécessite alors plus seulement d'être forcée, mais aussi d'être remplie des bons principes inculqués dans les grandes largeurs. Aux gros mots les gros remèdes !

A l'issue de cette brillante leçon de choses, Monsieur propose d'en finir avec cette correction témoin par l'administration de la canne, qui peut s'envisager alors que la petite dinde est encore farcie. Instrument des plus délicats à manier tant il peut vite blesser, mais qui se prête bien aux exercices arithmétiques, une autre valeur sûre : le comptage doit bien sûr s'effectuer à haute et intelligible voix, sans erreur, en partant de zéro ou bien à rebours ; on peut y ajouter l'obligation de remercier après chaque coup, car à ce stade, la vilaine doit avoir rendu les armes et il est bon de s'en assurer. Sitôt dit sitôt fait. Mademoiselle vacille, ivre de confusion et de tant d'émotions, jusqu'au canapé sur lequel elle s'agenouille, buste affalé sur le dossier, tête entre les bras. On convient du nombre 10, que Monsieur dispense sentencieusement entre deux caresses affectueuses sur le cul repenti, tandis que l'ami, visiblement conquis et rassasié, savoure un dernier verre de vin avant de prendre le chemin de son logis.

La porte enfin refermée, Mademoiselle est portée jusqu'au lit, et tendrement bercée. L’œil de Monsieur brille d'une concupiscence qu'il satisfera plusieurs fois au cours de la nuit pour leur jouissance commune.

dimanche 8 novembre 2020

Jeu de société (2ème partie)

Entre gentlemen

 La porte s'ouvre, Monsieur fait son entrée, visage impénétrable, suivi de son ami. Salutations d'usage et politesses, on se met à l'aise et on s'installe au salon, un premier verre de vin blanc sec à la main, accompagné d'une solide collation de charcuteries et de fromages. La discussion générale ne s'éternise pas, et les hommes ont vite fait de se plonger dans leur bulle professionnelle, laissant Mademoiselle a son pre-shopping de Noël en ligne, on ne s'y prend jamais trop tôt.

Elle baisse la garde, Mademoiselle, rassurée par la tournure habituelle du cours de la soirée. Elle s'est sans doute enflammée tout à l'heure, lorsqu'elle a cru que son fantasme allait prendre vie ce soir. Bien sûr, Monsieur est tout sauf un menteur, et il n'aura pas oublié ce qu'il lui a promis, mais ce sera pour après, dans le huis-clos de leur couple. En même temps, cette invitation paraît hautement suspecte, jamais Monsieur ne ramène quelqu'un à la maison sans l'en avoir informée au préalable. Elle ne sait plus sur quelle fesse danser. 

 Dans son dos, les palabres vont bon train. Les voyant si absorbés par leur tâche, elle est à deux doigts d'aller se promener sur les blogs qu'elle affectionne, ceux qui ne manquent pas de lui mettre le feu aux joues et de fouetter sa libido. Elle repense à ce billet d'Ellow qu'elle a lu l'autre jour sur sa tablette, dans son bain, et qui la hante depuis. Cette magistrale leçon d’arithmétique a sur elle un effet implacable, dévastateur, et elle n'a pu s'empêcher de la consulter à trois reprises au travail, entre sidération et transe hypnotique, planquée dans les toilettes où elle s'est masturbée à la va-vite pour un orgasme express.

De sites marchands en jeux de cartes solitaires, une heure trente a passée. Perdue dans ses pensées, elle n'a pas entendu le silence se faire derrière elle. Ni Monsieur approcher. Il pose une main sur son épaule qui la fait sursauter et réintégrer son corps. "Tu vois que tu n'avais pas besoin d'un Mac." Elle se fige, les yeux rivés sur l'écran. "Et puis sache que c'est quand on est plus de quatre qu'on est une bande de cons*." Elle tourne son visage vers lui et lève les yeux pour croiser son regard, y chercher la confirmation de ce qu'elle croit avoir compris. "Veux-tu expliquer à mon ami ici présent tes exploits matinaux ?  Et pourquoi tu mérites d'être punie ce soir ?"

Un ange passe.

Elle bafouille un vague "maaaiiiis" qui se meurt dans l’atmosphère saturée d'électricité statique de la pièce. C'est marrant comme dans ces moments là son éloquence se résume à celle d'une chèvre ! Monsieur la saisit par le bras et l'entraine au milieu du salon, face au canapé d'où l'ami l'observe attentivement, un sourire carnassier au coin des lèvres. Elle est cernée par une meute deux loups, dont l'un lui fait face et l'autre rode dans son dos, exhalant son souffle rauque dans sa nuque. Aucune échappatoire, Mademoiselle trépigne sur place, fixant ses pieds, cherchant à disparaitre sous terre, mais le tapis fera l'affaire.

Une claque puissante mais étouffée par les épaisseurs de tissu qui couvrent ses fesses la tire de son retrait autistique. Monsieur ne va pas la laisser subir, il faut aussi qu'elle soit actrice de cette scène qui restera culte, a n'en pas douter. Elle bredouille à nouveau, glisse sur les voyelles, bute sur les consonnes, s'empêtre dans la chronologie, s'enlise dans les arguties et s'acharne à se trouver des circonstances atténuantes qui n'existent pas... tout ce que Monsieur abhorre et réprouve en pareilles circonstances. Il faut savoir assumer ses erreurs, sinon comment espérer ne pas les reproduire ?

Monsieur fait alors l'exposé exhaustif bien que concis des faits reprochés, qu'il accompagne d'une courte leçon sur les principes et les bénéfices de la discipline domestique, et termine son intervention en intimant l'ordre à la pénitente d'aller chercher les instruments de son supplice : martinet, canne anglaise... "Et n'oublie pas les instruments plus pénétrants !". A-t-elle bien entendu ? Est-il sérieux ? Il ne veux tout de même pas se servir des sextoys punitifs, c'est bien trop intime pour être dévoilé à un presque étranger !

Ses hésitations ne passent pas inaperçues, et Monsieur intervient alors plus fermement pour mettre un terme à ses tergiversations : posant son pied sur la table basse qui les sépare lui et sa demoiselle rétive de leur spectateur silencieux, il la soulève brusquement du sol et la bascule sans prévenir sur sa cuisse, laissant ses pieds balancer dans le vide : sans cet appui, la déstabilisation est totale et Mademoiselle plonge enfin tête la première dans le moment présent. 

En cette mi-novembre froide et pluvieuse, la garde-robe de Mademoiselle, bien que privilégiant toujours les jupes, a considérablement gagné en consistance. Fini les chemisiers ou tee-shirts légers et les bas autofixants, vive les pull-over et les collants ! Fi donc, Monsieur commence par effeuiller sa marguerite : le chandail s'envole, le chemisier est culbuté par dessus tête sans dénuder les bras, se transformant en camisole de force bien utile pour paralyser des mains défensives, la jupe, dont la glissière est judicieusement placée dans le dos, tombe aux pieds de sa jolie fleur dans une peau d'vache*, et le collant est roulé sous les fesses pour faire apparaître le Saint Graal, l'érotique petite culotte blanche immaculée.

Les claques commencent à s'abattre sur le fessier fautif, produisant enfin un son des plus agréables à entendre pour qui sait apprécier cette mélodie. Monsieur dispense en même temps ses conseils à l'ami subjugué, et explique comment il faut procéder avec progressivité et méthode et couvrir le champ opératoire en modulant le rythme pour conserver sa sensibilité initiale à toute la zone ciblée, ce qui peut s'évaluer au niveau des cris et gémissements de la récipiendaire, mais attention à ne pas se laisser prendre aux simulations, les femmes sont expertes en ce domaine comme en tout ce qui touche à la fourberie inhérente à leur sexe !

A ces mots, Mademoiselle ne peut s'empêcher de lancer une imprécation, aussitôt suivie d'un déculottage, Monsieur sautant sur ce prétexte pour introduire et développer un nouveau chapitre sur la honte salvatrice et l'humiliation. Et pour mieux illustrer son propos, il invite son ami au regard et aux mains fiévreuses à l'assister plus concrètement dans le retrait complet du collant et de la petite culotte, le plaçant de ce fait en bonne position pour se repaitre du spectacle avec vue imprenable sur l'entrecuisse de la miss ! Elle tente bien de se soustraire en croisant ses jambes, mais l'ami a visiblement gagné en assurance et prend l'initiative de l'immobiliser en la saisissant à hauteur des genoux, s'amusant à l'ouvrir autant qu'elle cherche à se fermer. La volée de claques qui s'abattent sur ses cuisses achève de la raisonner et de vaincre ses dernières réticences.

Il est temps de revenir au programme initial, puisqu'elle y adhère maintenant sans réserve. Mademoiselle est donc reposée à terre, vêtue de son seul soutien-gorge, et envoyée dans la chambre y chercher les instruments déjà cités.

* Georges Brassens

samedi 7 novembre 2020

Jeu de société (1ère partie)

Entre gentlemen

© Never Mind ellie

Vendredi 17h, sortie des bureaux. Dans un élan de fausse spontanéité, Monsieur a convié son collaborateur et ami pour un afterwork improvisé à la maison. Entre mecs, ils ont évidemment déjà parlé de la sexualité de leurs couples respectifs. En ces occasions, l'ami a montré une curiosité, voir une attirance pour la pratique de la fessée, avouant à regrets à peine dissimulés n'en avoir pas fait lui-même l'expérience, la chose n'ayant jamais été favorablement accueillie par ses conjointes successives, quelque soit la façon dont elle fut présentée. Foutue génération de féministes qui confondent violences conjugales et discipline domestique entre adultes consentants !

Monsieur, cousin au six-cent soixante-sixième degré de Belzébuth et calculateur né, n'agit ni au hasard ni sur un coup de tête. Il se trouve que cette soirée inauguratrice d'un long "week-end" de cinq jours, par la grâce des RTT et d'un mercredi 11 novembre férié, est dédiée aux questions comptables : réajustement du coût estimatif du projet de création de site sur lequel ils bossent, et règlement de comptes avec Mademoiselle qui a commencé à se mal conduire dès lundi 7h18 très précisément, soit trois minutes seulement après la sonnerie de son réveil et un peu moins de 10h après sa dernière tannée ! 

En l'absence de réajustement ferme et immédiat, cela n'a fait qu'aller crescendo. Car malgré ses sempiternelles promesses d'être sage et tempérée, respectueuse dans le verbe comme dans le geste et de ne point recommencer formulées au sortir d'une solide correction, Mademoiselle, "à froid", s'obstine dans l'outrance et l'insolence, peste et jure à tors et à travers, persistant à ne tenir aucun compte des avertissements et rappels à l'ordre, finissant inévitablement par pousser le bouchon un p'tit peu trop loin et dépasser les bornes. 

Parce qu'elle est comme ça, Mademoiselle, un peu chafouine, résolument provocatrice, pour tester non pas les limites de son homme qu'elle connaît parfaitement mais plutôt son inflexibilité et sa détermination à les faire respecter. Disons-le, elle cherche et voit dans cette constante application et la permanence de l'intérêt qu'il lui porte, des preuves d'amour, car qui aime bien... C'est bête, hein ?! (Bon et puis aussi Mademoiselle est une incorrigible petite vicieuse qui prend son pied dans la douleur mêlée de honte et de soumission soft).

Cerise sur le gâteau, ce matin Monsieur lui a laconiquement et pour la énième fois refusé d'un "non, point final" sans appel, au motif connu car moult fois répété de sa désapprobation de la politique commerciale d'Apple, l'achat de l'iMac 27" écran Retina qu'elle réclame à cor et à cri depuis longtemps, par coquetterie high-tech plus que pour raison technique ou réelle nécessité (son vieux PC fonctionne très bien). Et puis en cette période de crise sanitaire et de confinement, et face à la recrudescence du risque attentats, elle ressent le besoin impérieux de dépenser pour juguler son stress. En plus les rayons informatiques restent ouverts, n'est-ce pas le signe qu'il s'agit bien d'un achat essentiel ? Et la petite semaine de congés qui débute dans quelques heures permettrait d'en profiter ! Elle n'est pas à court d'arguments, mais rien n'y fait.

Pour clore cette discussion sans perdre de sa superbe tout en faisant entendre son dépit haut et fort, Mademoiselle a donc parachevé son œuvre hebdomadaire pour faire valoir et s'assurer ce que de droit, en traitant à la volée Monsieur de "vieux con" dans un soupir excédé de frustration avant de claquer bruyamment la porte de l'appartement et de fuir au travail, s'adjugeant, de manière parfaitement déloyale et on ne peut plus prévisible, le dernier (gros) mot que son orgueil lui recommande de ne jamais concéder, ou alors le moins souvent possible.

Sans surprise, et le contraire l'eut cruellement déçue, un SMS l'a rattrapée dans le métro, lui annonçant "Nous règlerons ça ce soir." qu'elle lit comme un vibrant serment d'amour et le gage d'une soirée haute en couleurs. Elle s'en retrouve instantanément apaisée et excitée.

Autant faire d'une pierre deux coups, et profiter de cette leçon de vie pour inculquer les bonnes manières à l'une et initier l'autre au professorat (il y a fort à parier qu'un webmaster montre quelques prédispositions en la matière). Mademoiselle, ayant appris il y a plusieurs mois de cela que le collègue avait pénétré leurs secrets d'alcôves, avait discrètement laissé deviner à Monsieur qui la menaçait d'une correction publique, qu'elle n'était ni rétive ni insensible à la possibilité de servir d'exemple, pour la cause, sous la forme d'un haussement d'épaules silencieux un peu trop manifestement et intentionnellement équivoque pour être honnête.

Mais là, tout soudain, voyant les deux se profiler à l'horizon d'un sien fantasme d'exhibition et d'humiliation par la magie du visiophone, elle n'est plus tout à fait sûre d'elle, de ce qu'elle veut, de ce qu'elle est capable de vivre... L'étoffe des rêves, si bien tissée soit elle, ne résiste pas toujours aux accrocs de la dure réalité. Et n'en déplaise aux fervents partisans de la théorie du genre, un salaud ne sera jamais l'égal d'une salope. La tergiversation ne saurait cependant durer plus longtemps que les quelques minutes nécessaires à l'ascenseur pour gravir les dix étages qui la séparent de son destin.

Au bruit de la clé dans la serrure, son cœur s'emballe et ses jambes s'encotonnent. Dans leur nid flirtant avec les nuages, sans autre issue que la porte d'entrée, elle se sent prise au piège comme un animal acculé dans sa tanière. Affolement, palpitations. Elle a peur, la bouche sèche et les mains moites, mais bien au chaud dans sa sage petite culotte blanche en coton, son sexe qui convulse lui suggère un autre sentiment bien plus fort et impérieux...

vendredi 19 juillet 2019

Monsieur Jones,

la secrétaire intérimaire est arrivée...


Et je crois que vous allez être satisfait, elle semble avoir bien intégré le dress code de l'entreprise ! 

Vivement lundi !

jeudi 18 juillet 2019

La gifle

Mais pas celle reçue par Sophie Marceau, en pleine hystérie adolescente, de la main de son père cinématographique Lino Ventura dans le film éponyme. Et pourtant, j'adore l'un comme l'autre. Non, plutôt celles reçues à la chaine par la sublissime Jeanne Moreau suivie de près par Dora Doll, de la main du bourru Jean Gabin qu'on sent tout sauf tendre.

Extrait de Touchez pas au grisbi de Jacques Becker (1954) avec Jean Gabin et Jeanne Moreau 

Recevoir une gifle ? J'hésite entre "jamais !" et un timide "pourquoi pas ?" Loin de me laisser indifférente, cela m'attire et me repousse tout à la fois. J'aime le côté soudain et vexatoire, tout en étant retenue par la connotation brutale. Difficile de trancher. Ce qui est certain, c'est que je n'aimerais pas recevoir une gifle molle, une gifle tiède... une gifle de cinéma, ce qui n'est certes pas le cas de celles qui ponctuent ces deux films !

mardi 16 juillet 2019

Génération whY

Dis, Chérififi, pourquoi tu me fesses ?

Deux lectures récentes sur des blogs qui n'ont d'autre point commun que de se trouver dans la liste de mes favoris, m'ont amenée à me questionner sur un sujet qui, en dépit de mon âge vénérable, continue cycliquement de me tarabuster : punitives ou pas, dis moi quelles fessées je préfère et je saurai enfin quelle vilaine petite perverse je suis. Autrement dit, devrais-je recevoir une fessée parce que j'aime ça ou parce que je le mérite ? Nan mais Allô Docteur quoi !

© Kirk Stiles

J'ai connu les deux, évidemment.
La fessée érotique sans autre motif que l'envie mutuelle, je l'ai pratiquée il y a une vie déjà. Elle s'est naturellement imposée à notre relation sans qu'il eût été besoin d'en débattre. Ce furent des moments uniques, intenses, inaltérables... et tragiquement malheureux, comme les histoires d'Amour chantées par Catherine Ringer accompagnée de son regretté Fred Chichin. Je la définis par ces mots d'une autre qui le fait tellement mieux que moi :

Ces fessées ne sont jamais des punitions ni une quelconque preuve d'abnégation. Il n'y a pas plus de Domination/soumission entre mon fesseur et moi que de Discipline Domestique. Je suis désormais beaucoup trop femme pour être traitée comme une enfant fautive. [...] Ces fessées sont simplement des preuves d'amour, prodiguées avec un immense plaisir d'offrir et reçues avec beaucoup de joie. Et beaucoup de perversité aussi. 
Ana Stendhal. C'est pas l'homme qui prend la femme, c'est la femme qui s'offre à l'homme (7 juillet 2019) sur Le Rouge et le Noir.

Voilà, tout est dit. Une relation dénuée de faux semblants, pour un plaisir simple, assumé, réciproque, ne nécessitant aucune construction intellectuelle.

La fessée punitive, que j'ai entr'aperçue sans la ressentir vraiment comme telle, est pourtant celle qui me vient immédiatement à l'esprit et qui hante depuis toujours mes fantasmes. Même si je n'ai plus l'âge (mais l'ai-je jamais eu ?), même si, en toute conscience, cela devrait heurter mon éducation, mes valeurs, et mon caractère viscéralement indépendant, force est d'avouer que je suis irrémédiablement attirée par cette variation ludico-érotique discrètement marquée D/s, quand bien même j'apprécie assez moyennement ces barbaresques acronymes.

L'idée d'une solide correction me pétrit et m'émulsionne ; c'est si bien inscrit en moi que, régulière passagère du RER, je ne peux m'empêcher d'avoir l’œil qui frise à la lecture de cette mise en garde sur laquelle, parfois, mon regard s'égare et s'appesantit, sourire canaille au coin des lèvres :

alarme

Ne tirer
la poignée
qu'en cas
de danger

Tout abus
sera puni

Puni ?... Promis ?! :-))

Voilà un bon motif, un que je ne saurais, de bonne foi, contester. Mais un motif évidemment totalement exclu. Et c'est bien là où le bât blesse : dans mon jardin secret envahi par les ronces, les bons motifs ne fleurissent guère, quand je m'égratigne un peu trop souvent aux mauvais. Comme pour les tours de magie, il m'est impossible de vraiment goûter au merveilleux si j'en connais les artifices.

Farouchement autonome, je m'interdis de verser dans la discipline domestique, bien trop contraignante. Si cela paraît aux yeux de certain.e.s le moyen d’empourprer un quotidien grisaille, je n'y vois qu'un empiètement intolérable dans mon pré carré que je défends bec et ongles. L'espace de partage avec Chérififi ne saurait outrepasser certaines limites bien définies dans le temps, à l'image d'un intermède ; à lui de trouver, dans cet espace touffu à la signalétique parfois opaque, le chemin qui mène à moi, à lui de me deviner dans le fond et la forme, ce qui n'est pas chose facile, j'en conviens, mais si ardue que soit la tâche, elle n'est pas impossible : sans doute suffit-il de savoir lire ! Quoiqu'il en soit, je me refuse à lui mâcher le travail en lui fournissant moi-même des arguments plus ou moins fabriqués de toutes pièces (mais j’accepte par contre de fournir le martinet pour me faire battre).

Par ailleurs, l'on me sait dramatiquement incapable de faire montre, volontairement ou non, d'impudence, de duperie, d'irrespect, ou même de lubricité... toutes qualités utiles et nécessaires aux vilaines filles. No comment.

Mais alors, mais alors, comment donc mériter ma fessée ?! Angoissante et inextricable question qui appelle une réponse, obligeamment offerte par Cléa sur son blog Aux bêtises de ... Cléa, dans son dernier billet Le brossage du soir (12 juillet 2019) : l’auto dévalorisation et l’auto dénigrement. Ça, ça, c'est vraiment moi ! Et il y a dans ces prétextes qui n'en sont pas une approche réellement bienveillante qui m'autoriserait, je le pressens, à vivre plutôt qu'à jouer l'instant. Ne pouvant nier leur bien fondé ni siffler le hors jeu, je me coulerai sans difficulté dans la peau d'une femme fautive prête à assumer les conséquences de ses mauvaises habitudes mentales. Et puis cela m'économiserait 50€ par semaine de psypsy au lit, ce qui me permettrait enfin de partir en vacances et de vous ficher la paix avec mes blablas verbeux sans queue ni tête !

© Kirk Stiles

Bon et si vraiment au terme de cette lecture édifiante, Chérififi ne trouve aucun motif valable pour me gratifier d'une bonne fessée, en voici un brillant de simplicité et d'une logique implacable, joliment illustré par Kirk Stiles qui souffrit visiblement des mêmes affres en son temps :
© Kirk Stiles

Memento Mori

Doit-on en rire ou en pleurer ? Les deux mon capitaine !