vendredi 5 octobre 2018

Couleurs d'automne

Petites causes, grandes conséquences. L'effet papillon qui, de la défaillance d'un joint torique conduisit à l'explosion de la navette spatiale Challenger et à la mort de sept astronautes, m'a saisie en plein vol, et d'un accident de la vie d'un tiers a brisé les ailes de mon désir tout juste renaissant. Ce fragile château de cartes de mes fantaisies secrètes, trop vite édifié, s'est effondré sur lui-même, recouvrant les fondations de poussière au goût de cendre froide. Si fragile mécanique intime du fantasme... Mais peut-être que tout reconstruire ne dépend que d'un effort de volonté ? 

***** 


L'automne est bien là. Et si les températures anormalement clémentes, si le soleil persistant à darder ses rayons insolemment certains jours permettent d'en douter, il suffit, pour s'en persuader, de regarder les feuilles des arbres prendre leurs teintes sanguines et mordorées annonciatrices d'un déclin programmé. Les jours raccourcissent tandis que les premiers froids habillent les citadines de collants semi-opaques aux jambes et de foulards aux cous. Comme je les envie. Comme je les imagine marcher vers Vous d'un pas plus léger que le mien et plus enclin à satisfaire l'esthète que vous êtes...

Mais je n'abdique pas, pas encore. Vous lire est un tel souffle de vie, d'envie. Je suis suspendue à vos mots qui me font frissonner bien mieux que n'importe quel vent d'hiver. Aux heures les moins vacillantes de ma confiance en moi, je me prends à rêver à ce jour prochain où je m'apprêterai à venir vous retrouver dans ce lieu que vous avez choisi et que je ne connais pas. 

Levée aux petites lueurs du jour, égrenant les minutes qui me séparent encore de notre rencontre, je prendrai soin de me faire épiler, gommer, manucurer. De me vêtir, me parant de sous-vêtements neufs choisis tout spécialement pour vous et de bas veloutés sous une robe des plus classiques agrémentée d'un foulard (qui, à l'instar des feuilles, finira par tomber comme un drapeau qu'on abaisse en signe de reddition) et d'escarpins à petits talons. De me coiffer comme je n'en ai guère l'habitude, trop habituée au confort des cheveux noués et de me maquiller discrètement, à l'égal de ma féminité. Un peu de mascara et un trait de crayon vert aux yeux pour faire ressortir mon regard, peut-être un peu de blush aux joues que j'ai si pâles. Rien d'extravagant. Aucun bijou.

Quand le moment sera venu de me mettre en route, je chancellerai sur mes talons, moins en raison du manque d'oxygène à cette altitude inaccoutumée que sous le coup de l'émotion intense qui m'étreint à cette seconde où, franchissant ma porte, je me sais partie pour un long voyage sans possibilité de retour en arrière. Une seconde d'éternité, une seconde irréversible. Je suis déjà vôtre et j'accepte dès cet instant - mais cela remonte à bien plus loin, sans doute aux premiers messages échangés - de me livrer à vous au-delà du repas auquel vous me conviez, dans le privé de votre chambre d'hôtel.

Comme le marteau d’un piano, ne heurterez-vous mes chairs que pour entendre vibrer mon âme ? Me contemplerez-vous gémissante à vos pieds, tenue, liquide et dominée ?

8 commentaires:

  1. Un texte plein d'espoir. C'est amusant, "épiler, gommer, manucurer". Nous faisons partie du même club (sourire). Nous voulons être "parfaites". J'espère que nous aurons une suite..

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    1. Ah, l'impossible quête de la perfection... Ou comment s'auto-programmer pour un inévitable et douloureux échec et déchoir dans sa propre estime ! Mais comment ne pas céder à la tentation d'offrir le meilleur de soi à cet Autre qui ne mérite rien de moins ? Comment résister au plaisir de parer ces parenthèses enchantées de nos plus beaux atours ?
      J'espère aussi connaitre la suite ;-)

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  2. Un temps pour chaque chose... Le temps travaille pour vous, Chère AnonyMiss. Mais comme pour les feuilles qui changent de couleurs, il faut laisser du temps au temps. En tout cas, je vous souhaite de pouvoir reconstruire et partager vos envies.

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    1. Je vous remercie de vos vœux, cher Christo Grun. Et pour qu'ils se réalisent, je m'en vais frotter votre pelage d'ours blanc tel le génie de la lampe !

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  3. Vous avez le don de faire frémir les mots; ils nous transmettent votre ressenti, vos émois et vos désirs... Ils nous transportent dans votre univers brûlant baigné de sensualité!
    Merci Miss !

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    1. C'est trop d'honneur et d'éloges que vous me faites et que je sais ne pas mériter, mais comme d'un autre côté je suis volontiers orgueilleuse, je les accepte avec plaisir et reconnaissance.
      Merci à vous, cher Max !

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