vendredi 14 septembre 2018

Babette, marquise des Anges

 Je la lie, je la fouette et parfois elle passe à la casserole

S'il est un instrument dont je n'aurais sans doute jamais parlé ici (ni ailleurs d'ailleurs !) si l'on ne m'en avait pas inspiré l'idée, c'est bien celui-ci : le fouet, effrayant tant il semble réservé à une élite hors norme et marginale, adepte de pratiques des plus hard, et qui entretient une sorte de mystère autour de ce cruel serpent de cuir. Mais il ne doit pas y avoir de sujet tabou lorsque l'on aspire à s'offrir corps et âme. Cela dit, en m'en ouvrant ici à tous, l'aveu certes impudique étant moins dur à faire en public que dans le privé d'une messagerie personnelle, moins impliquant, peut-être est-ce une façon de ne m'offrir à personne ?...
 
Ai-je seulement déjà été donnée au fouet ? Grand Dieu non !
Mais l'idée m'a traversé l'esprit et a nourri certains de mes fantasmes, depuis l'enfance et ces moments inoubliables devant une télévision en noir et blanc, où je découvrais mes futures ivresses sexuelles devant Zorro, puis quelques années plus tard, Indiana Jones, deux hommes au fouet, ivresses qui m'inspiraient autant de trouble désir que d'horreur, trop consciente de l'anormalité de mes préférences et de l'immoralité de mes déviances que je devinais devoir taire au reste du monde. J'étais alors encore trop jeune pour prendre toute la mesure de cette attirance pour les jeux de fessées ou plus corsés.

Puis toute jeune adolescente, je m'émerveillais devant une énième rediffusion d'Angélique et le Sultan, dont je ne retenais qu'une seule scène : celle du fouet et d'Angélique flagellée sans ménagement sous l’œil sévère et impitoyable du Sultan ! Comme j'aurais alors aimé avoir accès à l'internet d'aujourd'hui, et en quelques clics, pouvoir me repasser en boucle ces quelques minutes, les yeux rivés à l'écran, la main distraitement occupée ailleurs...

 
© Angélique et le Sultan (1968), extrait

Le mélange explosif de domination, de désir sexuel, de châtiment corporel... me sauta au visage, et j'en ressortais éclaboussée par la certitude que ces émois là ne me quitteraient jamais plus, pas davantage que l'irrésistible attraction des charmes de l'Orient avec ses ventes aux esclaves et ses mystères de harems aux portes closes. [L'orientalisme est d'ailleurs, en peinture, mon sujet préféré.] 

Ce petit GIF me fascine, car je devine à gauche le Sultan offensé assistant à la punition d'une jeune femme, dont il a récemment fait l'acquisition au marché aux esclaves, par une de ses favorites qui procède sous son contrôle en évitant de blesser ou marquer les chairs pour ne pas dévaluer le bien de son Maître. Cette séance de fouet participe-t-elle des frappes préventives, qui visent à éteindre toutes velléités de fuite ou de rébellion que pourrait nourrir la captive, encore ignorante des bienfaits de sa nouvelle condition ?


PS : si quelqu'un connaît l'origine de cette scène, je suis très curieuse d'en savoir plus. Merci d'avance.

*****

Je me remémore parfois un autre souvenir fondateur dans mon parcours initiatique. Une autre histoire. Celle de la découverte, adolescente à peine plus âgée, de ce monde érotique particulier au travers de la lecture en cachette de mes parents d'une bande-dessinée qui narrait les déboires d'une accorte jeune femme un brin gironde, de petite noblesse, sauvée d'une mort lente sur un frêle esquif de fortune par elle investi suite au naufrage, en pleine nuit, du vaisseau qui l'emportait vers son futur époux. 

La demoiselle est repêchée en mer dans le plus simple appareil, dépouillée par la force des éléments naturels de la seule chemise de nuit qui la vêtait au moment de sa fuite et qui est partie en lambeaux aux quatre vents. Promptement hissée à bord du navire qui lui porte secours, elle se retrouve sur le pont, nue comme au jour de sa naissance, cernée par un attroupement de pirates aux regards lubriques et emplis de convoitise.

 
Elle se sent prête à défaillir lorsqu'elle entrevoit dans leurs yeux luisants de concupiscence et de vice les abus auxquels elle est promise en tant que prise de mer. Funeste présage aussitôt confirmé de vive voix par le capitaine qui la laisse face à un choix cornélien. 

Libre à elle de refuser de se soumettre et de tenter sa chance au supplice de la planche : elle finira alors ses jours, qui ne sauraient durer au-delà d'une apnée de quelques minutes, comme figure de proue sous la ligne de flottaison, chaste sirène noyée dans l'amer de ses larmes sur son destin matrimonial brisé et son hymen intact.

© Harry Fayt, Miluniel

Elle peut aussi accepter son sort et subir les tourments qu'il plaira à chaque membre de l'équipage, du premier lieutenant au dernier matelot, de lui infliger. Si la demoiselle y perd sa vertu, du moins préserve-t-elle sa vie, avec la promesse bien incertaine d'une liberté offerte à la prochaine pêche miraculeuse obligeant une autre infortunée, plus fraîche et à l’inégalable saveur de nouveauté, à la remplacer dans son service pour satisfaire les appétits insatiables de ces messieurs.

Si la jeune femme consent, le contrat qui scellera son accord sera signé sur sa peau, par les lignes écrites au moyen du fouet sur son corps offert, les bras relevés et attachés au grand-mât. Elle sera par la suite conduite à fond de cale et livrée à chacun par ordre hiérarchique pour y subir les assauts bestiaux qui la défloreront de toutes les manières possibles, lui faisant découvrir, à la faveur du savoir-faire des plus rompus aux subtilités de l'amour ou d'un membre viril plus talentueux que les autres, les miracles du plaisir jusqu'à l'orgasme, jouissance ultime qu'elle ne connaîtra jamais plus dans les bras d'un époux de son rang. 


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Dans la réalité... Aïe, ça pique ! Ces deux dernières photographies, patiemment recherchées et sélectionnées, ont beau être particulièrement esthétiques et léchées, elles n'en demeurent pas moins extrêmes à mes yeux. Et je me vois mal me prêter à ce genre de pratiques qui me semblent bien trop hard pour moi. Et risquées si mal maîtrisées. Je passe mon tour et je dis : joker !

17 commentaires:

  1. Ah, la construction de l'univers fantasmatique! Tant de couches qui viennent se superposer les unes aux autres… Avec certains "pics" plus évocateurs que d'autres. À 10 ans, je lisais la comtesse de Ségur, comme tout un chacun. Si les fessées reçues par Sophie et ses cousines me laissaient de marbre, il n'en allait pas de même pour la fouettée administrée à madame Papofski, dans le général Dourakine, mettait littéralement le feu à mon imagination: une femme adulte corrigée ainsi! Et puis ce passage dans une trappe qui maintenait le haut du corps au ras du plancher alors que le reste était offert, en-dessous, aux lanières et à la vue des "exécuteurs". Dans le livre dont je disposais (une édition pour enfants…) le dessin qui illustrait la scène était particulièrement explicite: c'était "pris d'en haut". Sur le visage de madame Papofski se lisait toute l'horreur, pour elle, de la situation. C'était de la honte, de la sidération beaucoup plus que de la douleur. Ce qui se passait en-dessous on ne pouvait que se le représenter comme ELLE ne pouvait que se le représenter. D'une certaine façon elle recevait une fouettée sans vraiment y assister elle-même. Le nombre d'assistants, la nature des regards qu'ils jetaient sur ses fesses dénudées et cinglées, elle ne pouvait que l'ignorer. Et que l'imaginer. Comme le lecteur.

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    1. Je vous remercie, cher François-Fabien, pour ce commentaire qui vous dévoile un peu, vous, si mystérieux.

      Je me souviens d'avoir vu Les malheurs de Sophie de la comtesse de Ségur dans ma bibliothèque d'enfant, sans toutefois parvenir à me souvenir si j'ai lu ou pas cet ouvrage. Je suppose que non, tant les rares évocations littéraires et les exceptionnelles confidences de cour d'école d'une camarade de classe au sujet de la fessée sont restées indélébilement gravées dans ma mémoire.

      Je suis par contre bien certaine de ne pas avoir ni vu ni lu Le général Dourakine dans ladite bibliothèque : la scène que vous décrivez en détails avec un art consommé de l'observation, de la projection et de l'analyse, me propulse à la place de cette madame Papofski, non sans un plaisir certain, sourire... 😳

      Je crois bien que vous m'avez donner une folle envie de (re)lire mes classiques, et je vais m'empresser d'aller acheter un exemplaire. Si possible illustré pour adultes ! Je m'demande si La Musardine propose un tel ouvrage...

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    2. Mystérieux, moi, allons donc! ;)
      L'édition dans laquelle j'ai lu "le général Dourakine" était la bibliothèque rose (Hachette). Et on peut trouver le dessin dont il est question ici:
      http://sophiedesegur.pagesperso-orange.fr/dourakine.html
      Cela dit, je crois qu'aujourd'hui la lecture de la comtesse de Ségur est surtout intéressante en ce qu'elle offre une image précise de la façon dont les châtiments corporels pouvaient être perçus à l'époque.

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  2. Qui n'a pas fantasmé sur la belle "Angélique Mercier", et les tourments promis voire infligés à son corps par tous les mâles concupiscents qui ont rôdé autour d'elle alors qu'elle ne rêvait que de retrouver son bellâtre de Geoffrey de Peyrac, boiteux (tiens ça me rappelle quelqu'un...!) et balafré. Sans parler des sévices de piraterie sauvagement donnés à la pauvre nymphette naufragée par des marins assoiffés de rhum et de sexe (ce qui manque sacrément à la série de Pirate des Caraïbes à mon goût....)
    Aucune honte à ce que ces épisodes aient donné un peu de sel (comme celui qu'on versait à l'époque sur le corps des suppliciées récemment fouettées, afin de leur apprendre la vie et à faire la cuisine correctement peut être?) à tes premiers émois sexuels....Il faut bien qu'un jour les portes de nos désirs inconscients s'ouvrent....
    De façon pratique, j'ai manié le fouet souvent....certes ça fait peur, et ça peut parfois tuer quelqu'un...le tout, c'est comme l'alcool...avec tact et modération....mais, comme l'alcool, l'effet est garanti....et les traces sont si belles à tâter du bout des doigts...

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    1. Rire ! Vous savez mettre en confiance les hésitantes, vous !

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    2. Quant aux si belles traces à tâter du bout des doigts, celles imprimées par la canne ou la badine ne sont-elles pas tout aussi magnifiques, avec l'avantage non négligeable d'être beaucoup moins risquées ?

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    3. J'admets....Cependant, rien ne remplace la sensualité et la suavité du parcours lent d'une très longue lanière de cuir depuis le haut des épaules jusqu'au bas des reins, et caressant doucement une fesse et le haut d'une cuisse, histoire que la future pénitente s'habitue à la douceur de l'objet....la dite douceur devant inéluctablement se transformer ultérieurement en d'autres sensations....comme celle par exemple, qu'aucun autre instrument punitif ne peut occasionner, de s'enrouler autour du ventre ou du bassin, heurtant à quelques millisecondes d'intervalle des épidermes aux sensibilités différentes....et, avec comme le disait plus haut ou plus bas je ne sais qui (pas le temps de monter ou descendre le curseur) avec un minimum d'entraînement (n'importe quel tronc d'arbre ou sac de boxe fera l'affaire) pas besoin de frapper comme une brute pour obtenir cette envolée sublime de la longue lanière de cuir venant s'enrouler autour de la fille qu'on a envie de punir, en sachant que le lent déroulé de la lanière, occasionnant quelque contorsion est également jouissif....et encore, je ne parle pas du divin son émis, et je ne parle pas des gémissements.....bon...ai je mieux vendu l'article cette fois?

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  3. Ma chère AnonyMiss, je suis bien comme toi. J'aime lire des histoires sur ce sujet (et Monsieur Loiret ci-dessus en a écrit beaucoup... ;-) ), imaginer ce que cela pourrait faire, sur ma peau, mais tout comme toi, je dis joker. Enfin. Joker... Sachant que mon Monsieur en parle de temps en temps, qui sait, finalement ?

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    1. Chère Héléa, c'est si bon de se sentir comprise ! En effet, oui mais non, non mais oui, qui sait finalement, sourire ?... ;-)

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    2. Vous voyez bien les filles....un jour, non seulement votre Prince viendra (ça c'est pas sûr, chipies comme vous êtes....) mais peut être finirez vous par vous laisser tenter...C'est vrai que l'obstacle majeur à surmonter n'est pas seulement celui que vous avancez...la peur, voire la terreur induite par l'instrument...Mais surtout....après? y a quoi.....comme objet punitif terrifiant....ben à ma connaissance, plus rien, où alors on passe à la vraie et terrible torture, que tous les gens juste joueurs réprouvent en totalité...
      Oui, une fois qu'on a tâté de la main, des mains, du petit, puis du plus grand martinet, de la badine, de la canne, de la panoufle, de la brosse à cheveux, du rouleau à pâtisserie, de la raquette de ping-pong, du tawse, du loopy....que sais je encore....le fouet est le quasi Graal....après ? ben faut inventer....
      Cela dit, merci Héléa pour ta pub gratoche....

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    3. J'ai trouvé, j'ai trouvé ! L'intrus dans la liste, c'est le rouleau à pâtisserie. J'ai bon ?

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    4. Ben non, le rouleau à pâtisserie ça marche aussi...jamais essayé? En plus si tu le fais rouler avant, c'est excellent contre la cellulite (cela dit, je ne connais pas la teneur celluliteuse de tes miches....pas de pain...)

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    5. Ça fait tout de même un peu néandertalien votre truc !...😕

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  4. Il ne faut jamais dire jamais...^^
    Ceci dit, ce n'est pas un jouet. C'est une arme, à ne pas mettre entre toutes les mains!! Pourtant dieu sait qu'il y en a des "fouetteurs", qui mériteraient d'être fouetter à mort, tellement ils font de dégâts.
    Le maniement s'apprend, de la même manière qu'on apprend à lire ou à marcher. Ce sont des heures d'entraînement.
    Bref, voilà un post, un sujet, à manier avec précaution...

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    1. Cela tombe bien, je ne l'ai pas dit. Mais enfin tout de même... Joker !
      PS : À combien de jokers a-t-on droit dans ces jeux-là ? 🤔

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    2. Dans ces jeux, un, au moins...le "safeword", qui normalement est largement suffisant. ;-)

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    3. Ah oui, le safeword...

      Je n'aime pas cette idée de safeword, qui est à mes yeux la marque d'un échec ou d'une absence de vraie complicité, celle qui permet à chacun de lire/entendre l'autre sans qu'il soit besoin d'écrire/dire les maux. J'estime que les échanges préalables et que la progressivité patiente lors des rencontres devraient suffire à découvrir l'autre et ses limites pas à pas, sans faux pas !

      Je suis sans doute une rêveuse, trop taiseuse pour me sentir à l'aise avec un safeword qui, si je devais le prononcer, casserais bien plus que le jeu du jour, mais bel et bien la confiance en l'autre.

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