dimanche 28 septembre 2014

Proposition indécente

Elle était pudique. La fréquentation des vestiaires collectifs, au travail comme à la piscine où elle s'était résolue, à l'aube de ses trente ans et au prix d'un effort sur elle-même, à ne plus céder au ridicule de se contorsionner sous sa serviette de bain pour se changer sans laisser apercevoir la moindre parcelle de son intimité nue, rien ne l'avait délivrée de cette pudeur née de ses complexes adolescents et de son éducation si peu axée sur les choses du corps.

Il aimait d'autant plus l'obliger à la nudité intégrale en permanence sitôt qu'elle avait franchi le seuil de sa porte, quand Lui restait drapé dans son habit d'autorité. Un moyen des plus efficaces pour la maintenir sur la faille du déséquilibre de leur relation en l'exposant au soufre de Son regard et en la rendant parfaitement accessible à Ses rigueurs comme à Ses douceurs à tout instant. Tel un levier qu'Il actionnait pour faire tomber ses défenses et la faire basculer vers cette autre elle vulnérable et offerte une fois dépouillée de l'illusoire armure de ses vêtements.
Elle abandonnait enfin tout contrôle pour passer sous le Sien, premiers pas vers ce lâcher prise tant convoité.

Cette mise à nue forcée, pourtant systématique, n'avait jamais connu la disgrâce de la banalisation, et le trouble était resté intact au fil du temps et des effeuillages. La honte intense de montrer ce qu'elle avait si bien appris à cacher s'était rapidement enrichie du plaisir insoupçonné d'être exhibée. Pas n'importe comment, pas n'importe où ni avec n'importe qui. Avec Lui seul, et dans le secret de l'alcôve.

Jouant de l'effet d'annonce, Il l'avait informée qu'Il exigerait bientôt d'elle qu'elle se masturbe devant Lui et selon ses indications jusqu'à l'orgasme. La vie ne leur en laisserait pas le temps.
Mais cette idée qui avait éveillé en elle autant d'attraction que de répulsion l'avait ensorcelée...

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© ?
Vue sur le tumblelog bending submission

Il l'aurait fait s'étendre, non pas sur le lit, dans la chambre, endroit trop convenu pour créer les conditions d'inconfort cérébral dans lequel Il s'appliquait à la maintenir, mais dans le salon, sur ce bureau de Maître dont la simple vue la rendait fébrile.
Lui aurait pris place dans son fauteuil, à une distance qui n'autoriserait d'autres contacts que visuel et auditif.

Il aurait laissé la solitude et le silence la pénétrer, la mettant au supplice de l'attente, avant de les rompre et de l'inviter, enfin, à un lent ballet de gestes aussi précis que sensuels.
Elle céderait sans retenue à la vertigineuse ivresse de l'indécence, docile petite poupée prenant sous Ses directives les poses les plus obscènes, déflorant le mystère de ses trésors les plus cachés. S'outrageant elle-même de ses doigts qui ouvriraient ses chairs gonflées d'un impérieux désir et s'insinueraient dans son con ruisselant ou dans son cul selon Son bon plaisir. Étouffant ses protestations indignées en se mordant les lèvres et luttant pour Lui obéir quand, la sentant sur le point de jouir, Il lui intimerait l'ordre d'arrêter. Pour reprendre de plus belle, jusqu'à ce qu'elle le supplie. Alors et alors seulement...

jeudi 18 septembre 2014

Au commencement était le verbe

Ils avaient en commun ce côté taiseux, une pudeur de chaque instant qui refusait de dire les sentiments. Leur passion réciproque était restée muette, par peur que les mots ne la souillent ou n'en déflorent le mystère, comme un souhait qui ne saurait être exaucé dès lors qu'il est formulé à voix haute.
Toutes ces choses enterrées profondément dans l'abime du silence en avaient lentement mais sûrement fait surgir une muraille infranchissable entre eux, le début de la fin...

"Au commencement était le verbe."
Leur histoire était née dans les mots, pourtant, prologue virtuel de leurs jeux charnels. Ils s'étaient trouvé des affinités de papier, elle s'appliquant à sa copie, Lui corrigeant ses fautes sans égard pour sa susceptibilité littéraire.
Elle se montrait en ce temps aussi généreuse de ses écrits qu'avare de sa parole, dévoilant une faille qu'Il eut tôt fait d'exploiter. Qu'elle le veuille ou non, elle parlerait. Il la ferait parler.

Il lui imposa de solliciter de Sa haute bienveillance les punitions qu'elle méritait, puis de L'en remercier. Bien sûr, elle dut compter à haute et intelligible voix les coups de tawse ou de canne qu'elle recevait. Pire, Il exigea d'elle qu'elle implore la permission de jouir. 
Bon gré mal gré elle obtempéra, non sans quelques encouragements cinglants et rougissants lorsqu'elle manquait d'entrain.

Mais Il souhaitait plus que tout libérer sa parole, entendre dans sa bouche des mots qu'Il ne lui aurait pas dictés. Des mots crus comme ses fantasmes. Or l'apprentissage était laborieux, et elle se montrait particulièrement inhibée et rétive, se bornant à répéter sans jamais s'aventurer sur les chemins non balisés de l'improvisation.

Il fallait qu'elle fut prise à son propre jeu pour l'en dissuader.
Puisqu'il lui plaisait d'ânonner les mots des autres, elle allait sans aucun doute apprécier le devoir qu'Il avait décidé de lui donner : apprendre un poème qu'elle déclamerait à leur prochaine rencontre en veillant à la diction et à l'intonation.
Il choisit une fable de La Fontaine, de celles qu'on fait apprendre aux petits enfants. Le Loup et l'Agneau. Elle en fut tout d'abord vexée, avant de se raviser devant la facilité apparente de l'exercice qui serait vite expédié. Pauvre sotte !...

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© Photorotic

Leur petit rituel d'ouverture terminé, elle fut convoquée au salon. C'était l'heure de la récitation.
Elle s'apprêtait à se rhabiller mais Il l'en dispensa. Il allait donner vie à l'un de ses cauchemars récurrents qu'elle avait eu l'imprudence de lui raconter : prendre la parole à la tribune, intégralement nue, jambes légèrement écartées, mains dans le dos qui ne cacheraient rien de ce qu'elle avait à montrer. Sa culotte servirait éventuellement de bonnet d'âne !

Elle recommencerait autant de fois que nécessaire – nulle autre sanction en cas d'échec, sauf peut-être quelques coups de cravache si elle tardait trop – jusqu'à ce qu'Il soit pleinement satisfait. Alors elle serait récompensée de ses efforts émérites par un orgasme qu'Il lui prodiguerait de sa main experte à l'endroit même de sa gloire.

Elle dut prendre place sur une petite caisse disposée au centre de la pièce. Lui s'installa dans le canapé, yeux rivés sur elle, et le silence se fit.
Elle avait cruellement conscience de ses seins qui pointaient malgré elle. De son sexe glabre qui ruisselait de désir. Éperdue de honte à l'idée des clapotis que cette humidité abondante ne manquerait de produire, tout à l'heure...

Elle perdit pied.
Gorge nouée, bouche sèche, c'est d'une voix blanche et chevrotante, le souffle court et l'esprit embué, qu'elle entama ses vers. Une fois, deux fois... Dix... Quinze peut-être... Trop pressée d'en finir... et debout sur l'estrade, d'en jouir.

lundi 15 septembre 2014

De décadence en décadanse

Il la voulait docile, offerte et souriante en toutes occasions, mais aimait l'entraver dans les liens de rituels en tous genres, une contrainte purement cérébrale qui heurtait sa nature insoumise. Il se régalait alors de la voir se débattre dans ses paradoxes et plier au prix d'une lutte contre elle-même qui ne donnait que plus de valeur à son abandon.

Chassez le naturel, il revient au galop.
En dépit de ses vœux pieux d'obéissance absolue, elle ne pouvait empêcher sa dualité de s'exprimer de temps à autre. Comme une forme de pied de nez à Son autorité, braises d'une liberté farouche sans Dieu ni maître qui couvaient en elle depuis toujours et qu'elle peinait à éteindre, même après s'y être brûlée tant et tant de fois.

La malice était son arme. Plus subtile qu'un "non", plus déstabilisante aussi. Être là où Il ne l'attendait pas. Elle jubilait intérieurement de Le voir désarmé par son audace. Priant pour que la mise à l'épreuve de Son autorité n'écorne pas la certitude de Son infaillibilité, condition sine qua non de sa soumission. Qu'Il manque à ses devoirs, qu'Il échoue à reprendre la main, et sa victoire aurait le goût amer de Sa décadence.

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© ?
Vue sur le blog Au fil des jours...

Elle s'était présentée impassible, secrètement ornée d'un rosebud caché dans la pénombre du plus intime de ses orifices. Bien à l'abri de Son regard, qui ne le découvrit qu'à la fin de leur petit rituel d'ouverture. Il avait souri... avant de poursuivre imperturbable le cours de son programme de la journée.

[Rewind]
Elle s'était présentée impassible, secrètement ornée d'un rosebud caché dans la pénombre du plus intime de ses orifices. Bien à l'abri de Son regard, qui ne le découvrit qu'à la fin de leur petit rituel d'ouverture. Il avait souri... avant de revêtir son masque de sévérité courroucée.

L'offense était grave. Oser détourner ainsi en objet de plaisir solitaire l'un des fleurons de sa panoplie punitive, le plus infamant dont Il n'usait que pour la faire descendre de son piédestal lorsqu'elle prenait ses grands airs de princesse - "le joyau de sa petite couronne" - et qui aurait dû lui inspirer la plus vive répulsion ! Sa lubricité n'avait-elle donc aucune limite ?

S'y ajoutait comme facteur aggravant la préméditation de son geste puisqu'elle avait subtilisé le bijou lors de leur précédente rencontre. Pire, elle Lui avait dérobé son plaisir dont Il était le gardien. Une petite voleuse lubrique, voilà ce qu'elle était. Mais il allait la corriger de ses mauvais penchants. Oh ça oui, Il allait la corriger... Il traiterait le mal par le mal, et son cul s'en souviendrait, puisqu'elle ne comprenait rien d'autre.

Il l'envoya prendre position sur le bureau. Un bureau empire dans le tiroir duquel sommeillait le martinet tant redouté. Un instrument des plus classiques, manche en bois tourné minimaliste et lanières d'un cuir de qualité d'une longueur redoutablement efficace qui lui arrachaient de vrais cris de douleur quand elles venaient lui lécher les hanches "par inadvertance" pour dessiner de petites boursouflures rougeâtres sur sa peau tendre. Un bureau professoral auréolé de la mythologie qu'elle avait tissée dans ses fantasmes balbutiants de collégienne et qui exerçait sur elle une fascination proche de la dévotion.

Il ne tolérait pas qu'elle s'affale sur le plateau. Il fallait qu'elle y pose les mains bien à plat, bras légèrement pliés lui offrant un appui suffisant pour soutenir son buste tout juste penché en avant, de sorte que la pointe de ses seins reste accessible aux tourments dont il aimait agrémenter la punition. Cambrée, jambes écartées. Accessible.

Il prit place dans son fauteuil, face à elle, et sortit cérémonieusement le martinet qu'Il déposa devant elle pour jouir de l'appréhension mêlée d'excitation qu'Il lisait dans son regard affolé. Affres de l'attente. Ce n'est que lorsqu'elle fut prise de frissons convulsifs, mouillant de désir et tremblante de peur, qu'Il releva soigneusement ses manches, signal de l'imminence de l'office.

Il maniait le martinet sans aménité aucune et la cinglait sèchement sans épargner ses cuisses si sensibles. Qu'elle tente d'esquiver un coup et la sanction redoublait d'intensité. Qu'elle dévie un tant soit peu de la position imposée et Il la rappelait durement à l'ordre en pinçant l'un ou l'autre de ses tétons qui se raidissaient sous le cruel assaut.

Il variait d'angle et de rythme, s'appliquant à la saisir quand elle se relâchait, ou avant qu'elle n'ait pu reprendre son souffle, sans prêter la moindre attention à ses gémissements haletants et à ses suppliques. Il ne s'arrêta que lorsqu'Il la sentit sur le point de vaciller. Mais ce n'était pas la fin pour autant.

Il revint s'asseoir au bureau et rouvrit le tiroir pour en sortir quelque chose qu'elle avait oublié. C'est pourtant elle qui l'avait acheté et le Lui avait apporté, mais Il n'en avait jamais fait usage. Il n'en avait pas besoin.
Un godemichet tout en sobriété, doux au toucher, de taille raisonnable. Un sextoy de fille.
Il déposa un tube de vaseline à côté. Elle s'empourpra et se mordit la lèvre.

Elle dut s'ouvrir de son mieux, ses mains écartant ses chairs meurtries et brûlantes, chavirée à l'idée du spectacle qu'elle offrait à voir. Elle ne put se retenir de se contracter lorsqu'elle sentit son doigt oindre de lubrifiant son petit trou qu'Il força sans ménagement en guise de préambule, avant-goût piquant de Sa décadanse...

mercredi 10 septembre 2014

Face au miroir

Et si je gagnais à la loterie de la vie, quelle serait la liste de mes envies ? Et si et si...

Les feuilles mortes se ramassent à la pelle,
Les souvenirs et les regrets aussi...

© Marina An - Autumn Sketches 
Vue sur le blog Au fil des jours...


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Elle n'avait pas souvenir d'avoir jamais été envoyée au coin. Des rares fois où ils l'avaient évoqué ensemble, elle se rappelait vaguement qu'Il voyait cela comme une perte de temps. Elle n'était pas loin de partager son point de vue. L'idée de se retrouver nez au mur, privée de son regard sur elle par lequel elle plongeait dans la source vive de ses émois, suscitait en elle autant de trouble sexuel que la perspective d'une longue et ennuyeuse attente solitaire à un arrêt d'autobus par un dimanche soir pluvieux d'automne après une journée harassante de travail. Peut-être même moins !

Bien après Lui, après le temps de la colère et après le temps du chagrin, elle était retournée se promener dans l'émoi. C'est là qu'Il était venu la retrouver, à l'orée de ses fantasmes, précisément où ils s'étaient connus, pour écrire une nouvelle page de leur histoire à jamais virtuelle. Celle de la liste de ses envies inassouvies.

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Elle serait allée Le rejoindre une fois de plus, contrariée de savoir par avance ce qui l'attendait dans les moindres détails, du début à la fin de cette journée. Il faut dire qu'Il était un homme d'habitude, et Il n'aimait rien tant que les petits rituels qu'Il avait instaurés et auxquels Il ne dérogeait que rarement.

Elle en concevait un certain agacement, presque de la lassitude. Elle avait l'impression de s'étioler dans cette routine, tant Il était prévisible. Elle aurait voulu qu'Il la surprenne parfois. Qu'il fasse de temps à autre un petit effort d'imagination, ou ne serait-ce qu'une variation mineure sur le même thème. C'était ce qu'elle Lui avait reproché dans un mail sur le ton doux-amer du regret. De ne pas faire suffisamment d'effort, quand elle donnait tant de sa personne pour entretenir la flamme. Mais cela remontait à plusieurs semaines maintenant, et rien n'avait changé.

Elle alla donc tout droit s'asseoir sur la chaise face au canapé, et entreprit de s'allumer une cigarette pour se calmer les nerfs, chose formellement proscrite tant qu'elle ne s'était pas pliée à leur petit rituel d'ouverture.
Comme à son habitude, et sans élever la voix, Il siffla et gronda sourdement entre ses dents pour la rappeler à l'ordre, sans jamais se départir de son calme, sans non plus recourir à la contrainte ou à la sanction, pas même à la menace. Elle devait se soumettre d'elle-même à son autorité, et Lui offrir son obéissance comme gage de son consentement. Plus tard, elle paierait ses rebuffades.

Elle finit par céder, comme toujours, et se dévêtit entièrement. Au moment de s'agenouiller devant Lui pour ôter sa ceinture, Il l'arrêta. Il avait une petite surprise pour elle...

Point de rituel d'ouverture aujourd'hui. 
Non, aujourd'hui, elle allait expier pour toutes les fois où elle avait rechigné et l'avait fait attendre. 

Aujourd'hui c'est elle qui attendrait. "Au coin", avec interdiction de bouger. Au coin au centre de la pièce, nue, mains sur la tête, jambes écartées au-dessus du miroir posé par terre et dont elle avait mis la présence incongrue à cet endroit sur le compte d'un possible bien qu'improbable grand ménage de printemps. Il pourrait ainsi s'assurer sans avoir à se contorsionner qu'elle ne prenne pas plaisir à sa punition. "Elle était une telle petite dévergondée !" Elle y resterait en pénitence le temps qu'elle avait mis à se décider à obtempérer. Un bon quart d'heure. Puis elle serait châtiée et recevrait non pas la ceinture mais le tawse. Et le martinet. Autant de coups qu'Il le jugerait nécessaire. Avant de reprendre sa pénitence pour méditer la leçon.

© Lidia Kostanek
La Narcisse n°1 (femme devant un miroir)

Ce qui fut dit fut fait. Et bien fait.
Tout au long de cette punition inédite, Il n'eut de cesse de lui tourner autour, la cernant de toutes parts comme s'Il s'était démultiplié afin de jouir au mieux du panorama circulaire, la harcelant de ses doigts inquisiteurs, qui, sous prétexte de la sonder à la recherche des signes d'un plaisir coupable, flattaient son clitoris en de langoureuses caresses ou bien allaient et venaient dans ses orifices détrempés tout en veillant à ne pas la conduire à l'orgasme et se contentant de provoquer des effusions cyprineuses immédiatement punies d'une claque retentissante sur son cul et d'un sermon insistant sur "l'image qu'elle renvoyait" outrageant sa pudeur et sa fierté alors qu'Il fixait son reflet dans le miroir.

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Elle avait tant aimé le sentir sur elle, son regard. Féroce, intrusif, tendre aussi, complice, et rieur toujours, alors qu'elle était exhibée pour lui seul. Il lisait en elle et elle se lisait en Lui, seul miroir capable de révéler cet autre reflet d'elle-même qu'elle ne montrait qu'à Lui...