lundi 14 juillet 2014

Petite pisseuse

© Christian Coigny
Vue sur le blog Au fil des jours...

Cette idée ne la quittait pas. Elle revenait la titiller de loin en loin. De près en près. Une idée à laquelle elle avait fermé la porte, hermétiquement, définitivement, quand lui la voulait grande ouverte. Ou tout juste entrouverte pour commencer, à la rigueur, ne voulant pas la brusquer au risque de la perdre corps et âme. 
Pisser la porte ouverte ? Jamais ! Devant le refus farouche qu'elle avait opposé avec obstination, rencontre après rencontre, il avait fini par céder, lassé de se heurter au mur de cette limite a priori infranchissable. L'était-elle réellement ?

Le temps avait passé. La graine de fantasme qu'il avait semée avait finalement germé dans le terreau fertile de son jardin intime, s'enracinant profondément en elle. Et lentement poussé à l'ombre de sa pudeur, de son éducation et de ses principes. Et enfin fleuri. Bien après lui, qui n'en respirerait jamais le parfum. Elle ne pouvait qu'imaginer la honte d'être sa petite pisseuse, entièrement nue, accroupie sur un pot de chambre, face au miroir de son regard...

*****

Il l'aurait convoquée à son bureau, celui-là même sur lequel il aimait la voir courbée, jupe troussée et culotte baissée, dans l'attente de recevoir le martinet pour les punitions des grands jours. Il l'y aurait convoquée juste après leur petit rituel d'ouverture, et elle serait venue le rejoindre nue et pantelante, le cul rougi, le sexe humide, l'appréhension au ventre, cherchant en elle-même ce qu'elle avait bien pu faire pour mériter sa sévérité.

Il aurait laissé planer le doute quelques secondes, se délectant de son trouble, mimant le courroux, les sourcils froncés, le regard sombre, désignant l'écran de son ordinateur comme si sa faute y était inscrite. Un mail particulièrement irrévérencieux peut-être ? Elle fouillait ses souvenirs qui refusaient de lui livrer la clé de l'énigme. La voyant suffisamment déstabilisée, il l'aurait invitée à venir s'asseoir sur ses genoux. Il pourrait plus tard lui reprocher les traces qu'elle laisserait immanquablement sur son pantalon, mais cela était une autre histoire...

Elle aurait alors découvert le pot aux roses, ou plutôt les pots de chambre : une page d'enchères eBay pleine de pots de chambre récents ou anciens, unis ou à motifs, en plastique, en taule émaillée ou en porcelaine... Elle aurait fait mine de ne pas comprendre immédiatement, puis, rouge de confusion, aurait bruyamment protesté tout en cachant ses yeux derrière le rempart de ses mains, doigts écartés pour n'en pas perdre une miette !

Il aurait enserré ses poignets et croisé ses bras en camisole autour de sa taille, l'obligeant sous la menace d'une fessée à se confronter dès à présent au supplice qu'elle devrait bientôt subir. L'obligeant à y participer en lui imposant de choisir l'objet de ses tourments à venir. 
Elle y aurait passé du temps, celui de l'écouter lui expliquer avec force détails la façon dont la cérémonie qu'il avait concoctée spécialement pour elle se déroulerait...

Elle devrait bien sûr commencer par demander poliment l'autorisation d'aller se soulager. Qui lui serait accordée. Mais pour éviter que cette demande ne devienne un prétexte tout trouvé pour se soustraire quelques minutes à sa domination quand bon lui semblerait, il lui faudrait dorénavant faire "ça" devant lui. Face à lui, qu'il puisse s'assurer de la véracité de ses dires. En plein milieu du salon, sur le pot, les cuisses écartées, sans rien cacher de cette dernière intimité qu'elle dérobait jusqu'à présent à ses regards et qu'il viendrait essuyer lorsqu'elle aurait fini.

Au fur et à mesure qu'il déroulerait le programme de cette petite humiliation à son oreille, il aurait lentement écarté les genoux, lui ouvrant largement les cuisses. Sa main serait venue sonder son sexe béant, détrempé et gonflé de désir, signe de son tacite assentiment ; et, sans même le vouloir, en quelques caresses à peine appuyées, il l'aurait fait jouir très vite, d'un orgasme qui la secouerait des pieds à la tête et la laisserait de longues minutes hagarde, la tête renversée en arrière sur son épaule, les yeux clos. 

Ayant retrouvé ses esprits, elle désignerait sans la moindre hésitation et avec un empressement proche de l'enthousiasme débridé un pot de chambre en porcelaine à motifs floraux bleus sur lequel elle avait immédiatement porté son dévolu.
Les jours suivants, elle ne cesserait de s'enquérir de l'arrivée du colis, trépignant d'impatience comme prise d'une envie pressante !

vendredi 11 juillet 2014

Derrière la porte

© Paninina
Vue sur le blog Au fil des jours...

Elle était allongée sur le lit, nue, offerte sans retenue et contre toute pudeur à commencer par la sienne à l'homme qui la pilotait d'une main sûre vers les ultimes soubresauts du plaisir, après qu'elle lui eût demandé poliment la permission de jouir. Mais la matinée touchait à sa faim de loup insatiable de mille et un petits supplices à lui infliger ; aussi décréta-t­-il subitement qu'il était temps d'aller se restaurer toutes affaires cessantes, la laissant dans un état d'insupportable frustration.
Il n'était pas midi...

Cette interruption brutale autant que prématurée qu'elle estimait particulièrement déloyale fut son passeport pour garceland, sa terre d'adoption qu'elle ne quittait pour l'aller rejoindre le temps d'une parenthèse enchantée qu'en forçant la frontière de son caractère fier et indépendant, renonçant à son insolence naturelle pour quelques soupirs de soumission clandestine dérobés à la surveillance attentive de sa morale post-­féministe modérée, pour ne pas dire tiède. 

Ah ça, elle ne serait pas la seule dont les appétits resteraient insatisfaits ! 
Si elle savait n'être pas en mesure de le priver de son déjeuner, elle pouvait toujours tenter de le différer. Elle y employa toute sa force d'inertie, traînant des pieds sans en avoir l'air, feignant de chercher à travers tout l'appartement ses vêtements comme toujours soigneusement pliés sur le bras du fauteuil, multipliant les allers-­retours entre la chambre, le salon et la salle de bain, consultant à moult reprises son mobile pourtant éteint... Tout un ballet de gestes aussi futiles que factices dansés dans le plus grand silence auquel elle s'efforçait de donner les intonations plus ou moins subtiles du désaveu et du plus profond mécontentement. 

Elle tarda tant et si bien qu'à la fin il sévit, faisant preuve de presque autant de mauvaise foi qu’elle-même avait développé d'art dans la nonchalance rétorsive : elle serait « dispensée » de culotte sous sa robe légère d'été, à seule fin de lui épargner, à elle la peine et le temps de l'enfiler sur ses rougeurs sensibles, souvenir encore vif de leur petit rituel d'ouverture, à sa petite culotte la souillure de ses débordements cyprineux ! 
Elle était prise à son propre jeu, et une fois de plus il triomphait. Du moins le lui laissa-­t­-elle croire, prenant une mine mi­-contrite mi­-boudeuse de circonstance...

Ils descendirent au garage. 
Il lui ouvrit la portière côté passager, la referma sur elle après qu'elle eut pris place et contourna le véhicule pour aller s'installer au volant. 
Elle avait profité de ces quelques secondes pour plonger dans son sac à main et s'emparer de la culotte de secours qu'elle conservait dans sa trousse de survie à côté de sa brosse à dents, de sa brosse à cheveux et de quelques autres babioles dont elle gardait le secret. Elle ne parvint cependant pas à s'en parer sans être vue, ce qui ne manqua pas de le fâcher vraiment. 

Il l’exhorta une fois à ôter sur le champ l'indésirable et à la lui donner, sur un ton de fureur contenue. Elle refusa. Il sortit de l'auto sans un mot et partit, la laissant seule. 
En omettant de se soumettre aussi frontalement, elle avait enfreint la sacro­sainte règle du « oui ou l'huis », et elle se retrouvait donc à la porte, penaude. 

La colère la prit. 
Elle lui en voulait tous azimuts. De l'avoir privée d'un orgasme bien mérité après qu'elle se fut résolue non sans mal à le quémander. De l'avoir poussée à la transgression et de s'en offusquer. D'être un vieux con ! D'en être éperdument amoureuse. 
Elle s'en voulait plus encore d'avoir réagi aussi sottement ! De l'avoir agacé, et de si piètre façon, dénuée d'esprit et de grâce. Une provocation puérile de chipie, terme et comportement qu'elle abhorrait. Cette pensée la mortifia. 

Elle avait le choix entre rester et partir. Elle ne voulait rester mais ne pouvait partir... 

Après d'interminables minutes de réflexion dans l'obscurité de la cage d'escalier où l'amour et la raison le disputaient à son incommensurable orgueil et qui, de surcroît, lui épargnaient le déshonneur d'une reddition trop rapide, elle prit finalement le parti de la repentance sincère. Elle fit glisser le bout d'étoffe le long de ses jambes puis alla sonner à la porte la culotte à la main. 

Il accueillit ce gage d'obéissance avec un sourire éclatant de certitudes, comme s'il n'eut jamais douté de l'issue de cet ultimatum, tenant toutefois, histoire d'avoir les derniers maux, à s'assurer de visu de la bonne observance de la consigne en lui intimant l'ordre de relever un pan de sa robe alors qu'elle était encore sur le seuil de la porte, sans égard pour sa crainte d'être vue d'un voisin curieux qui aurait pu épier au judas.

jeudi 10 juillet 2014

Le fruit défendu

© Hannes Caspar
Vue sur le blog Les récits de Malicieuse-Cigogne

Le temps. Il était le maître du temps, le maître de son temps à elle. Le métronome de ses émois. Elle pouvait bien traîner des pieds ou piaffer d'impatience, faire mine de le bouder ou au contraire le harceler, c'est toujours lui qui décidait du quand, et cela la chavirait. Qu'il fût ainsi de droit et depuis le début, comme une évidence pour chacun sans qu'il fût besoin de lutter pour lui ou question de le contester pour elle, le maître de son temps. Le temps de l'attente, celui de la douleur, celui du plaisir, et celui de toute chose.

Pour l'heure, il n'avait justement pas le temps de s'occuper d'elle. Un rapport à taper qui ne pouvait attendre, lui, contrairement à ses fesses. C'est ce qu'il avait osé lui dire, en y mettant l'accent tonique et la juste dose de désinvolture dont il savait qu'ils résonneraient à ses oreilles et à son amour propre comme une moquerie, sinon comme une insulte.

Elle en était mortifiée. Pas tant qu'il fasse passer ses obligations professionnelles avant elle ­ - on ne pouvait vivre d'amour, de fessées et d'eau fraîche ­ - mais qu'il n'ait pas pris la peine de s'en acquitter à un autre moment, la veille, ou l'avant-veille, ou quand bon lui semblait pourvu que ce ne fut pas précisément maintenant !
Ignorait-­il donc le temps qu'elle passait, elle, à organiser son agenda en fonction du sien pour que rien ne perturbe ou n'empiète sur ces quelques heures qu'il lui accordait ? Ignorait-­il le temps qu'elle passait à se préparer pour lui plusieurs jours avant d'aller le rejoindre et dès les premières heures du petit jour, à l'aube de chacune de leurs rencontres ? 

Elle se sentait d'autant plus humiliée qu'il avait attendu, pour le lui dire, qu'elle fût nue et agenouillée à ses pieds, dans cet état de vulnérabilité né dans la soumission et l'abandon qu'elle ne s'autorisait qu'avec lui et qui présidaient à leur petit rituel d'ouverture, rejetant d'un simple revers de main l'offrande qu'elle faisait d'elle­-même au prix d'une lutte intérieure qu'il n'ignorait pas et qui ne donnait que plus de valeur à ce don. Un véritable soufflet qui froissait son orgueil aussi bien que s'il lui eut asséné une gifle.
Elle se rembrunit et entreprit de se rhabiller sans un mot, prête à fuir en un sauve-­qui­-peut désordonné pour aller lécher la plaie béante de sa fierté bafouée, chez elle, à l'abri de cet homme qui lisait si bien en elle la petite vexation qu'il venait de lui infliger et qui s'en délectait.
Lui envisageait les choses de manière quelque peu différente...

Il irait s'asseoir derrière son majestueux bureau Empire pour y faire ce qu'il avait à faire, et il prendrait tout le temps qu'il lui serait nécessaire. Elle, sage et obéissante, irait s'installer face à lui sur la petite banquette repositionnée pour l'occasion de telle sorte qu'il puisse jouir du spectacle à sa guise, et attendrait qu'il eût fini, immobile et en silence, dans une posture offerte et ouverte d'une obscénité telle qu'elle ne put en entendre la description que les yeux fermés ! Pas de lien, il ne forcerait pas sa pudeur. Non, elle allait se contraindre elle-­même à lui offrir son indécence, pour lui plaire, parce que c'est ce qu'il voulait ou serait punie sévèrement. Elle garderait la tête droite et les yeux bien ouverts, soutiendrait son regard tout du long ou serait punie sévèrement.

Bien sûr, ajouta-­t-­il sur un ton faussement consterné, il n'excluait pas que cette petite dévergondée éprouve un certain plaisir à cette exhibition qui aurait pourtant dû la couvrir de honte, aussi faudrait-­il qu'elle protège son précieux mobilier des débordements cyprineux de son sexe glabre en prenant soin de placer sous son séant le mouchoir en soie rouge carmin qu'il lui tendait et dont l'examen minutieux a posteriori permettrait d'apporter la preuve de son vice le cas échéant. Vice qui, s'il était avéré, serait puni sévèrement. Et, fallait­-il le préciser, elle avait interdiction de se caresser ou serait punie sévèrement ! 

*****

Elle ne sut jamais combien de temps elle était restée assise là. Elle perdit toute notion de temporalité dès qu'il eut terminé de lui expliquer ce qui l'attendait et qui l'avait propulsée dans ses ailleurs fantasmatiques.
Toujours est-­il qu'elle fut punie très sévèrement, après avoir dû se laver les mains qu'elle avait fort poisseuses, comme couvertes des sucs du fruit défendu...

mercredi 9 juillet 2014

L'attente

© ?
Vue sur le blog Au fil des jours...

Il exigeait d'elle qu'elle réaffirme à chaque nouvelle rencontre l'offrande fière et impudique de son corps et de son âme, qu'elle se soumette de son plein gré à sa sévérité, sans autre justification que son seul bon plaisir. Voyait­-il dans cette marque de confiance et d'abandon une preuve d'amour ? Ce "oui" scellait-­il un serment muet qui les liait pour le meilleur et pour le pire, jusqu'à ce que la vie ou la mort les sépare ?...

Elle possédait la clé de son appartement.
Une fois entrée, son manteau et son sac à main suspendus à la patère, elle se dirigea vers le salon. Il était là, assis dans la petite banquette d'angle, fumant tranquillement sa pipe. Ils n'échangèrent pas une parole, pas un regard. Elle commença aussitôt de se dévêtir, lentement, soigneusement, en une sorte de danse rituelle. Petite hésitation au moment d'ôter sa culotte... Il ne la quittait pas des yeux, elle le savait, elle pouvait presque sentir la brûlante caresse de son regard enfiévré sur sa peau.

Elle était entièrement nue à présent. Elle s'agenouilla devant lui, le cœur battant à tout rompre, le ventre en fusion, au paroxysme du trouble devant l'émotion turgescente bien visible de l'homme au costume impeccable et à la mine impassible. A force de gestes maladroits et saccadés, ivre de honte et d'orgueil à chaque frôlement involontaire de ce renflement dont elle était la cause, elle parvint enfin à déboucler la ceinture puis à la libérer des passants du pantalon.

Elle se redressa et, sans se retourner, gagna la chambre, s'agenouillant à même le sol, la tête enfouie dans un oreiller, les bras croisés dans le dos. Le silence était absolu. Attente. Mais bientôt, bientôt, des pas retentiraient dans le couloir. Dans quelques minutes, dans quelques secondes au parfum d'éternité. 
Apnée du désir...

*****

Longtemps après. Après la rupture, après les déchirements du désamour, après bien des peines et enfin après le silence qui n'est pas encore la paix, ni même l'oubli, qui n'est que le silence...
De l'eau avait coulé sur les blessures, emportant les lambeaux de reproches et de ressentiment. Il n'y avait eu ni excuses, ni pardon. Il ne restait que la passion, intacte, pour cet homme entre les bras duquel elle était née femme et auquel elle n'avait jamais cessé de penser.

Elle avait pris son temps pour revenir vers lui. Celui de plier soigneusement son orgueil dans sa poche peut-­être. Ou celui de se faire désirer. Celui surtout d'abattre les murs hérissés de pointes trempées dans le curare qu'elle avait élevés autour de son cœur en friche.
Elle avait pris tout son temps, quand lui n'en avait plus. Il était trop tard. Il serait à tout jamais trop tard pour ces amants là, qui ne verraient pas deux fois leur cœurs s'embraser...

Elle tenait dans ses mains la ceinture. Sa ceinture. Une simple ligne dans son testament, dont nul n'était parvenu à percer le mystère. Sauf elle.
Objet étrange, quasi incongru, qu'elle tournait et retournait, caressait, respirait, à la recherche d'un sens qui lui échappait. Assise au bord du lit dans ses habits de deuil, le noir dont elle était vêtue s'insinuait en elle pour occulter toute pensée réfléchie et faire place au néant. Mais son corps se souvenait. Mémoire de la chair...

Elle retrouva les gestes. Elle retrouva le trouble. Et c'est entièrement nue, à genoux par terre, la ceinture posée sur ses reins et la tête enfouie dans son oreiller, qu'elle se retrouva enfin tout entière, corps et âme reconnectés. Dans un silence absolu que nul bruit de pas ne viendrait froisser. Elle lui offrit pour la première fois de leur histoire ces larmes qu'elle avait tant rêvé de verser par lui.