vendredi 21 novembre 2014

Gif du vendredi

© La Fessée ou les Mémoires de monsieur Léon maître-fesseur

Robe de bal


Le pouvoir des mots, de quelques mots semés dans son privé. "Robe de bal". Une image, une idée. Presque une invitation.

Pourtant elle ne dansait plus depuis longtemps, hormis la valse des souvenirs, et ne voulait plus danser, jamais. Petite chatte échaudée. Mais il ne faut jamais dire jamais, et elle s'était surprise à fredonner, raccourci inconscient d'une pulsion qui refusait de s'éteindre, "Dance me to the end of love"...

Danser, avec Lui. Du moins jouer avec l'idée d'un possible.

Une danse très spéciale. Une danse de gestes lents et précis, tissant sur son corps au fil de l'O une robe de bal en cordelettes de chanvre qui noueraient entre eux d'autres liens invisibles. Lui le créateur, le grand couturier, elle la muse, le modèle docile et muet. 

Sous les assauts perfectionnistes de Son regard exigeant et de Ses mains rigoureuses qui, inflexibles, la mettent à nu à mesure qu'ils "l'habillent", elle succombe peu à peu au plaisir.

Chaque effleurement de Ses doigts sur sa peau, chaque pression rugueuse des nœuds sur ses points sensibles embrument progressivement son cerveau et diluent toute pensée dans un halo sensuel qui irradie dans son ventre en palpitations humides. 

Vibrant en résonance sur la corde raide de sa jouissance, Il dirige et contrôle cette tension charnelle, exacerbant ou relâchant la pression au gré de son abandon. 

Danser encore, et encore, et encore, jusqu'à la fin du désir...



Photos © ?

samedi 8 novembre 2014

Punissez-moi, Monsieur, car j'ai péché

© Patrick Le Sage
La femme au prie-dieu

Elle l'avait découvert rangé sur le bas-côté du salon, délaissé, relégué au rôle d'étagère pour plante verte. Un petit prie-dieu austère qui avait immédiatement attisé sa convoitise. Elle avait glissé quelques allusions très discrètes, trop sans doute puisqu'Il n'avait jamais eu la bonne idée de s'en servir. En tout cas pas avec elle.

Plus tard, Il l'utiliserait pour en appâter une autre. Elle en avait ressenti un vague regret empreint d'un soupçon de jalousie. Une jalousie que sa vanité lui avait toujours interdit d'admettre et qui avait eu raison d'eux.

Son Grand Méchant Vous aux insatiables appétits avait faim de chair fraîche, et cet inextinguible attrait pour la nouveauté Le condamnait à une quête sans fin de nouvelles partenaires de jeu. Incapable de se réjouir qu'Il joue ailleurs une mélodie du bonheur dont elle n'était pas l'instrument et qui ne la privait en rien ni de Son amour ni de Son temps, elle avait pourtant refusé de Lui dire sa souffrance d'être The other woman, une parmi tant d'autres qu'elle ne pouvait s'empêcher d'imaginer plus belles, plus jeunes, plus intelligentes, cultivées, drôles...
Pour se sauver d'elle-même, elle l'avait quitté.

Le temps avait passé, purgeant le poison de son cœur. Mais il était trop tard, elle ne pourrait jamais Lui faire l'aveu de sa faute et Lui en demander pardon. Sauf dans ses rêves.

*****

Elle se serait invitée chez Lui en son absence, quand elle Le savait occupé à ses cours particuliers. Il rentrerait sous peu, lui laissant tout juste le temps de mettre en scène la confession qu'elle brûlait de Lui faire.

Le prie-dieu, débarrassé de son fardeau végétal, aurait trouvé sa place au milieu du salon. Un coussin posé sur l'agenouilloir, atténuant à peine la dureté de l'appui pour qu'il fut supportable dans la durée, lui permettrait de profiter de ces quelques minutes de recueillement solitaire, jupe troussée sur les reins, culotte baissée à mi-cuisses, pour débuter sa pénitence avant l'heure de Son retour.

"Punissez-moi, Monsieur, car j'ai péché..."

vendredi 31 octobre 2014

Trique or treat

© Hegre-Art.com

L'après-midi touchait à sa fin en ce jour d'Halloween. Un après-midi des plus calme, que personne n'était venu perturber du traditionnel "Trick or treat", ni chez Lui, ni chez elle.
Lui qui refusait de céder au dictat des réjouissances obligatoires sembla en éprouver quelque regret. Elle avait complètement oublié la surprise qu'elle avait promis de Lui faire pour tenter de Le convertir!
Il était 19H30, il faisait déjà nuit noire...

Deux heures plus tard, elle sonnait à Sa porte, les cheveux encore humides de la douche qu'elle avait expédiée avant de se précipiter dans les transports en commun. 
Son manteau entrouvert sur sa nudité, elle ne portait que des bas noirs et une jolie paire de cornes en vinyle rouge. 
"Trique or treat ?"

jeudi 2 octobre 2014

Café gourmand

Par goût autant que par nécessité, elle vouait une passion servile à l'expresso. Lui aussi, pour d'autres raisons... Il avait attendu leur premier déjeuner ensemble pour lui en faire l'aveu comme s'il s'agissait d'un plaisir coupable, expliquant à la serveuse qu'il prenait toujours son café à la maison parce qu'il y était bien meilleur. "Pourvu qu'il soit préparé dans le bon appareil. C'est-à-dire le plus simple ! Et Mademoiselle ici présente fera ça mieux que personne."

Elle avait masqué sa gêne derrière un sourire de façade, jurant intérieurement de venger l'affront par un refus irrévocable. Qui ne dura que le temps d'être ramenée à la raison du plus fort. Monsieur en effet, pour des demandes aussi simples que celle-là, entendait être obéi au pied de la lettre. Après l'avoir basculée sur ses genoux et promptement troussée, après l'avoir fessée jusqu'à obtenir la promesse de sa pleine et entière coopération, Il la remit d'aplomb, prenant soin de rajuster son sous-vêtement qu'elle dut ôter elle-même avec le reste de ses vêtements. Et c'est dans le plus simple appareil, les joues et les fesses écarlates, qu'elle Lui servit son café ainsi qu'Il l'avait dit.

Le rituel perdura sans jamais varier, la laissant profondément insatisfaite, car si elle appréciait l'amertume de ce café très spécial, elle l'aurait parfois préféré plus... corsé.

*****

© Karine Ska ?
Vue sur le blog Hadrien et ses ombres

Rentrant d'un déjeuner ensoleillé à la faveur d'un exceptionnel été indien d'octobre, ils s'étaient installés au salon, Lui dans le canapé, bourrant sa pipe avec application, elle dans le fauteuil qui Lui faisait face, attendant qu'Il eut commencé à fumer et réclame sur un ton anodin qui ne l'était pas "un de ces délicieux petits cafés dont elle avait le secret".

Il mettait une méticulosité toute particulière à la préparation de son appendice fumigène lorsqu'Il fut interrompu par la sonnette de la porte d'entrée. Probablement une erreur. Il alla néanmoins ouvrir, la laissant en proie à une angoisse diffuse qui ne fit que s'accroître quand elle Le vit réapparaître suivi d'un homme qu'Il lui présenta comme un ami et confrère. Pour couper court aux scrupules formulés par cet invité surprise qui craignait de déranger, Il proposa un café. "Mademoiselle s'apprêtait justement à m'en faire un."

Elle n'osait comprendre. Et pourtant elle comprenait. Elle n'osait y croire. Et pourtant elle croyait qu'Il avait manigancé cela pour donner vie à l'un de ses fantasmes dont elle Lui avait fait la confidence sur le bout des lèvres dans un moment d'abandon total, certaine toutefois que Sa possessivité ne lui permettrait pas de l'assouvir. Un témoin masculin... Un inconnu...

Mais elle n'était pas sûre encore. Debout sur la planche du condamné d'un bateau ivre si prêt de chavirer dans la mer agitée de ses ailleurs, elle s'accrochait désespérément à Son regard comme un homme à la mer à sa ligne de vie, en quête d'une réponse, sans vraiment savoir ce qu'elle espérait le plus de cette main amie qu'Il ne tarderait pas à lui tendre : qu'elle la retienne ou la pousse pour qu'elle sombre corps et âme dans les profondeurs de son trouble abyssal...

"Allons Mademoiselle, ne nous faites donc plus languir."

Elle se dirigea vers la machine à café.

"Mademoiselle, vous savez bien que ce n'est pas le bon appareil pour un café gourmand..."

Elle s'immobilisa. Fit un "non" de la tête qui voulait dire "je ne peux pas".

 " Faudra-t-il que je vous aide, Mademoiselle ? Oui ? Bien, venez ici."

Et d'expliquer au mystérieux invité combien Mademoiselle pouvait être farouche parfois, et butée bien plus souvent qu'à son tour. Combien elle épuisait Sa patience, L'obligeant régulièrement à faire preuve de persuasion et de sévérité pour venir à bout de ses réticences. Combien Il était sincèrement désolé de devoir recourir, pour son bien, aux vertus d'une bonne fessée déculottée, châtiment honteux et infantilisant le plus adapté à son comportement de gamine. Combien Il s'excusait de lui imposer un tel spectacle... Car cependant qu'Il terminait son petit laïus hypocrite, Il la coucha avec autorité sur ses genoux, troussa le jupon de sa robe, emprisonna sa main qui s'accrochait fébrilement à son dernier rempart de coton blanc aussitôt descendu à mi-cuisses pour entamer une valse de claques sonores et rythmées sur son cul frémissant.

La punition dura et dura encore. Lorsqu'Il la menaça de passer la main à leur convive, elle abdiqua enfin.

"Vous prendrez les deux tasses en même temps et servirez notre ami en premier, qu'il puisse constater par lui-même dans quel état d'excitation un tel traitement vous met et juger de la gageure de ma tâche avec une petite dévergondée telle que vous. Vous irez ensuite au coin exposer votre honte et réfléchir aux excuses que vous nous ferez à chacun pour votre comportement inadmissible, lorsque nous aurons terminé."

Nue, les fesses cramoisies, elle servit les deux tasses de café qui tremblaient d'émotion dans leurs soucoupes de porcelaine, sans pouvoir dissimuler sous une main pudique son intimité luisante de mouille à l'homme qui n'en perdit pas une miette.

Le séjour au coin qu'elle avait eu la naïveté de voir comme un refuge ajouta à son humiliation, contrainte d'écouter en silence ces messieurs discourir sur son indécence et évoquer moult petits détails et autres anecdotes embarrassantes sur les sévices qu'elle subissait et sur le plaisir qu'elle y prenait. 

Enfin, dans un sursaut d'orgueil et de dignité, elle présenta des excuses flamboyantes avant d'être autorisée à se retirer dans la chambre où Il la rejoignit sitôt l'étranger parti pour lui présenter ses hommages collatéraux.

dimanche 28 septembre 2014

Proposition indécente

Elle était pudique. La fréquentation des vestiaires collectifs, au travail comme à la piscine où elle s'était résolue, à l'aube de ses trente ans et au prix d'un effort sur elle-même, à ne plus céder au ridicule de se contorsionner sous sa serviette de bain pour se changer sans laisser apercevoir la moindre parcelle de son intimité nue, rien ne l'avait délivrée de cette pudeur née de ses complexes adolescents et de son éducation si peu axée sur les choses du corps.

Il aimait d'autant plus l'obliger à la nudité intégrale en permanence sitôt qu'elle avait franchi le seuil de sa porte, quand Lui restait drapé dans son habit d'autorité. Un moyen des plus efficaces pour la maintenir sur la faille du déséquilibre de leur relation en l'exposant au soufre de Son regard et en la rendant parfaitement accessible à Ses rigueurs comme à Ses douceurs à tout instant. Tel un levier qu'Il actionnait pour faire tomber ses défenses et la faire basculer vers cette autre elle vulnérable et offerte une fois dépouillée de l'illusoire armure de ses vêtements.
Elle abandonnait enfin tout contrôle pour passer sous le Sien, premiers pas vers ce lâcher prise tant convoité.

Cette mise à nue forcée, pourtant systématique, n'avait jamais connu la disgrâce de la banalisation, et le trouble était resté intact au fil du temps et des effeuillages. La honte intense de montrer ce qu'elle avait si bien appris à cacher s'était rapidement enrichie du plaisir insoupçonné d'être exhibée. Pas n'importe comment, pas n'importe où ni avec n'importe qui. Avec Lui seul, et dans le secret de l'alcôve.

Jouant de l'effet d'annonce, Il l'avait informée qu'Il exigerait bientôt d'elle qu'elle se masturbe devant Lui et selon ses indications jusqu'à l'orgasme. La vie ne leur en laisserait pas le temps.
Mais cette idée qui avait éveillé en elle autant d'attraction que de répulsion l'avait ensorcelée...

*****

© ?
Vue sur le tumblelog bending submission

Il l'aurait fait s'étendre, non pas sur le lit, dans la chambre, endroit trop convenu pour créer les conditions d'inconfort cérébral dans lequel Il s'appliquait à la maintenir, mais dans le salon, sur ce bureau de Maître dont la simple vue la rendait fébrile.
Lui aurait pris place dans son fauteuil, à une distance qui n'autoriserait d'autres contacts que visuel et auditif.

Il aurait laissé la solitude et le silence la pénétrer, la mettant au supplice de l'attente, avant de les rompre et de l'inviter, enfin, à un lent ballet de gestes aussi précis que sensuels.
Elle céderait sans retenue à la vertigineuse ivresse de l'indécence, docile petite poupée prenant sous Ses directives les poses les plus obscènes, déflorant le mystère de ses trésors les plus cachés. S'outrageant elle-même de ses doigts qui ouvriraient ses chairs gonflées d'un impérieux désir et s'insinueraient dans son con ruisselant ou dans son cul selon Son bon plaisir. Étouffant ses protestations indignées en se mordant les lèvres et luttant pour Lui obéir quand, la sentant sur le point de jouir, Il lui intimerait l'ordre d'arrêter. Pour reprendre de plus belle, jusqu'à ce qu'elle le supplie. Alors et alors seulement...

jeudi 18 septembre 2014

Au commencement était le verbe

Ils avaient en commun ce côté taiseux, une pudeur de chaque instant qui refusait de dire les sentiments. Leur passion réciproque était restée muette, par peur que les mots ne la souillent ou n'en déflorent le mystère, comme un souhait qui ne saurait être exaucé dès lors qu'il est formulé à voix haute.
Toutes ces choses enterrées profondément dans l'abime du silence en avaient lentement mais sûrement fait surgir une muraille infranchissable entre eux, le début de la fin...

"Au commencement était le verbe."
Leur histoire était née dans les mots, pourtant, prologue virtuel de leurs jeux charnels. Ils s'étaient trouvé des affinités de papier, elle s'appliquant à sa copie, Lui corrigeant ses fautes sans égard pour sa susceptibilité littéraire.
Elle se montrait en ce temps aussi généreuse de ses écrits qu'avare de sa parole, dévoilant une faille qu'Il eut tôt fait d'exploiter. Qu'elle le veuille ou non, elle parlerait. Il la ferait parler.

Il lui imposa de solliciter de Sa haute bienveillance les punitions qu'elle méritait, puis de L'en remercier. Bien sûr, elle dut compter à haute et intelligible voix les coups de tawse ou de canne qu'elle recevait. Pire, Il exigea d'elle qu'elle implore la permission de jouir. 
Bon gré mal gré elle obtempéra, non sans quelques encouragements cinglants et rougissants lorsqu'elle manquait d'entrain.

Mais Il souhaitait plus que tout libérer sa parole, entendre dans sa bouche des mots qu'Il ne lui aurait pas dictés. Des mots crus comme ses fantasmes. Or l'apprentissage était laborieux, et elle se montrait particulièrement inhibée et rétive, se bornant à répéter sans jamais s'aventurer sur les chemins non balisés de l'improvisation.

Il fallait qu'elle fut prise à son propre jeu pour l'en dissuader.
Puisqu'il lui plaisait d'ânonner les mots des autres, elle allait sans aucun doute apprécier le devoir qu'Il avait décidé de lui donner : apprendre un poème qu'elle déclamerait à leur prochaine rencontre en veillant à la diction et à l'intonation.
Il choisit une fable de La Fontaine, de celles qu'on fait apprendre aux petits enfants. Le Loup et l'Agneau. Elle en fut tout d'abord vexée, avant de se raviser devant la facilité apparente de l'exercice qui serait vite expédié. Pauvre sotte !...

*****
© Photorotic

Leur petit rituel d'ouverture terminé, elle fut convoquée au salon. C'était l'heure de la récitation.
Elle s'apprêtait à se rhabiller mais Il l'en dispensa. Il allait donner vie à l'un de ses cauchemars récurrents qu'elle avait eu l'imprudence de lui raconter : prendre la parole à la tribune, intégralement nue, jambes légèrement écartées, mains dans le dos qui ne cacheraient rien de ce qu'elle avait à montrer. Sa culotte servirait éventuellement de bonnet d'âne !

Elle recommencerait autant de fois que nécessaire – nulle autre sanction en cas d'échec, sauf peut-être quelques coups de cravache si elle tardait trop – jusqu'à ce qu'Il soit pleinement satisfait. Alors elle serait récompensée de ses efforts émérites par un orgasme qu'Il lui prodiguerait de sa main experte à l'endroit même de sa gloire.

Elle dut prendre place sur une petite caisse disposée au centre de la pièce. Lui s'installa dans le canapé, yeux rivés sur elle, et le silence se fit.
Elle avait cruellement conscience de ses seins qui pointaient malgré elle. De son sexe glabre qui ruisselait de désir. Éperdue de honte à l'idée des clapotis que cette humidité abondante ne manquerait de produire, tout à l'heure...

Elle perdit pied.
Gorge nouée, bouche sèche, c'est d'une voix blanche et chevrotante, le souffle court et l'esprit embué, qu'elle entama ses vers. Une fois, deux fois... Dix... Quinze peut-être... Trop pressée d'en finir... et debout sur l'estrade, d'en jouir.

lundi 15 septembre 2014

De décadence en décadanse

Il la voulait docile, offerte et souriante en toutes occasions, mais aimait l'entraver dans les liens de rituels en tous genres, une contrainte purement cérébrale qui heurtait sa nature insoumise. Il se régalait alors de la voir se débattre dans ses paradoxes et plier au prix d'une lutte contre elle-même qui ne donnait que plus de valeur à son abandon.

Chassez le naturel, il revient au galop.
En dépit de ses vœux pieux d'obéissance absolue, elle ne pouvait empêcher sa dualité de s'exprimer de temps à autre. Comme une forme de pied de nez à Son autorité, braises d'une liberté farouche sans Dieu ni maître qui couvaient en elle depuis toujours et qu'elle peinait à éteindre, même après s'y être brûlée tant et tant de fois.

La malice était son arme. Plus subtile qu'un "non", plus déstabilisante aussi. Être là où Il ne l'attendait pas. Elle jubilait intérieurement de Le voir désarmé par son audace. Priant pour que la mise à l'épreuve de Son autorité n'écorne pas la certitude de Son infaillibilité, condition sine qua non de sa soumission. Qu'Il manque à ses devoirs, qu'Il échoue à reprendre la main, et sa victoire aurait le goût amer de Sa décadence.

*****

© ?
Vue sur le blog Au fil des jours...

Elle s'était présentée impassible, secrètement ornée d'un rosebud caché dans la pénombre du plus intime de ses orifices. Bien à l'abri de Son regard, qui ne le découvrit qu'à la fin de leur petit rituel d'ouverture. Il avait souri... avant de poursuivre imperturbable le cours de son programme de la journée.

[Rewind]
Elle s'était présentée impassible, secrètement ornée d'un rosebud caché dans la pénombre du plus intime de ses orifices. Bien à l'abri de Son regard, qui ne le découvrit qu'à la fin de leur petit rituel d'ouverture. Il avait souri... avant de revêtir son masque de sévérité courroucée.

L'offense était grave. Oser détourner ainsi en objet de plaisir solitaire l'un des fleurons de sa panoplie punitive, le plus infamant dont Il n'usait que pour la faire descendre de son piédestal lorsqu'elle prenait ses grands airs de princesse - "le joyau de sa petite couronne" - et qui aurait dû lui inspirer la plus vive répulsion ! Sa lubricité n'avait-elle donc aucune limite ?

S'y ajoutait comme facteur aggravant la préméditation de son geste puisqu'elle avait subtilisé le bijou lors de leur précédente rencontre. Pire, elle Lui avait dérobé son plaisir dont Il était le gardien. Une petite voleuse lubrique, voilà ce qu'elle était. Mais il allait la corriger de ses mauvais penchants. Oh ça oui, Il allait la corriger... Il traiterait le mal par le mal, et son cul s'en souviendrait, puisqu'elle ne comprenait rien d'autre.

Il l'envoya prendre position sur le bureau. Un bureau empire dans le tiroir duquel sommeillait le martinet tant redouté. Un instrument des plus classiques, manche en bois tourné minimaliste et lanières d'un cuir de qualité d'une longueur redoutablement efficace qui lui arrachaient de vrais cris de douleur quand elles venaient lui lécher les hanches "par inadvertance" pour dessiner de petites boursouflures rougeâtres sur sa peau tendre. Un bureau professoral auréolé de la mythologie qu'elle avait tissée dans ses fantasmes balbutiants de collégienne et qui exerçait sur elle une fascination proche de la dévotion.

Il ne tolérait pas qu'elle s'affale sur le plateau. Il fallait qu'elle y pose les mains bien à plat, bras légèrement pliés lui offrant un appui suffisant pour soutenir son buste tout juste penché en avant, de sorte que la pointe de ses seins reste accessible aux tourments dont il aimait agrémenter la punition. Cambrée, jambes écartées. Accessible.

Il prit place dans son fauteuil, face à elle, et sortit cérémonieusement le martinet qu'Il déposa devant elle pour jouir de l'appréhension mêlée d'excitation qu'Il lisait dans son regard affolé. Affres de l'attente. Ce n'est que lorsqu'elle fut prise de frissons convulsifs, mouillant de désir et tremblante de peur, qu'Il releva soigneusement ses manches, signal de l'imminence de l'office.

Il maniait le martinet sans aménité aucune et la cinglait sèchement sans épargner ses cuisses si sensibles. Qu'elle tente d'esquiver un coup et la sanction redoublait d'intensité. Qu'elle dévie un tant soit peu de la position imposée et Il la rappelait durement à l'ordre en pinçant l'un ou l'autre de ses tétons qui se raidissaient sous le cruel assaut.

Il variait d'angle et de rythme, s'appliquant à la saisir quand elle se relâchait, ou avant qu'elle n'ait pu reprendre son souffle, sans prêter la moindre attention à ses gémissements haletants et à ses suppliques. Il ne s'arrêta que lorsqu'Il la sentit sur le point de vaciller. Mais ce n'était pas la fin pour autant.

Il revint s'asseoir au bureau et rouvrit le tiroir pour en sortir quelque chose qu'elle avait oublié. C'est pourtant elle qui l'avait acheté et le Lui avait apporté, mais Il n'en avait jamais fait usage. Il n'en avait pas besoin.
Un godemichet tout en sobriété, doux au toucher, de taille raisonnable. Un sextoy de fille.
Il déposa un tube de vaseline à côté. Elle s'empourpra et se mordit la lèvre.

Elle dut s'ouvrir de son mieux, ses mains écartant ses chairs meurtries et brûlantes, chavirée à l'idée du spectacle qu'elle offrait à voir. Elle ne put se retenir de se contracter lorsqu'elle sentit son doigt oindre de lubrifiant son petit trou qu'Il força sans ménagement en guise de préambule, avant-goût piquant de Sa décadanse...

mercredi 10 septembre 2014

Face au miroir

Et si je gagnais à la loterie de la vie, quelle serait la liste de mes envies ? Et si et si...

Les feuilles mortes se ramassent à la pelle,
Les souvenirs et les regrets aussi...

© Marina An - Autumn Sketches 
Vue sur le blog Au fil des jours...


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Elle n'avait pas souvenir d'avoir jamais été envoyée au coin. Des rares fois où ils l'avaient évoqué ensemble, elle se rappelait vaguement qu'Il voyait cela comme une perte de temps. Elle n'était pas loin de partager son point de vue. L'idée de se retrouver nez au mur, privée de son regard sur elle par lequel elle plongeait dans la source vive de ses émois, suscitait en elle autant de trouble sexuel que la perspective d'une longue et ennuyeuse attente solitaire à un arrêt d'autobus par un dimanche soir pluvieux d'automne après une journée harassante de travail. Peut-être même moins !

Bien après Lui, après le temps de la colère et après le temps du chagrin, elle était retournée se promener dans l'émoi. C'est là qu'Il était venu la retrouver, à l'orée de ses fantasmes, précisément où ils s'étaient connus, pour écrire une nouvelle page de leur histoire à jamais virtuelle. Celle de la liste de ses envies inassouvies.

*****

Elle serait allée Le rejoindre une fois de plus, contrariée de savoir par avance ce qui l'attendait dans les moindres détails, du début à la fin de cette journée. Il faut dire qu'Il était un homme d'habitude, et Il n'aimait rien tant que les petits rituels qu'Il avait instaurés et auxquels Il ne dérogeait que rarement.

Elle en concevait un certain agacement, presque de la lassitude. Elle avait l'impression de s'étioler dans cette routine, tant Il était prévisible. Elle aurait voulu qu'Il la surprenne parfois. Qu'il fasse de temps à autre un petit effort d'imagination, ou ne serait-ce qu'une variation mineure sur le même thème. C'était ce qu'elle Lui avait reproché dans un mail sur le ton doux-amer du regret. De ne pas faire suffisamment d'effort, quand elle donnait tant de sa personne pour entretenir la flamme. Mais cela remontait à plusieurs semaines maintenant, et rien n'avait changé.

Elle alla donc tout droit s'asseoir sur la chaise face au canapé, et entreprit de s'allumer une cigarette pour se calmer les nerfs, chose formellement proscrite tant qu'elle ne s'était pas pliée à leur petit rituel d'ouverture.
Comme à son habitude, et sans élever la voix, Il siffla et gronda sourdement entre ses dents pour la rappeler à l'ordre, sans jamais se départir de son calme, sans non plus recourir à la contrainte ou à la sanction, pas même à la menace. Elle devait se soumettre d'elle-même à son autorité, et Lui offrir son obéissance comme gage de son consentement. Plus tard, elle paierait ses rebuffades.

Elle finit par céder, comme toujours, et se dévêtit entièrement. Au moment de s'agenouiller devant Lui pour ôter sa ceinture, Il l'arrêta. Il avait une petite surprise pour elle...

Point de rituel d'ouverture aujourd'hui. 
Non, aujourd'hui, elle allait expier pour toutes les fois où elle avait rechigné et l'avait fait attendre. 

Aujourd'hui c'est elle qui attendrait. "Au coin", avec interdiction de bouger. Au coin au centre de la pièce, nue, mains sur la tête, jambes écartées au-dessus du miroir posé par terre et dont elle avait mis la présence incongrue à cet endroit sur le compte d'un possible bien qu'improbable grand ménage de printemps. Il pourrait ainsi s'assurer sans avoir à se contorsionner qu'elle ne prenne pas plaisir à sa punition. "Elle était une telle petite dévergondée !" Elle y resterait en pénitence le temps qu'elle avait mis à se décider à obtempérer. Un bon quart d'heure. Puis elle serait châtiée et recevrait non pas la ceinture mais le tawse. Et le martinet. Autant de coups qu'Il le jugerait nécessaire. Avant de reprendre sa pénitence pour méditer la leçon.

© Lidia Kostanek
La Narcisse n°1 (femme devant un miroir)

Ce qui fut dit fut fait. Et bien fait.
Tout au long de cette punition inédite, Il n'eut de cesse de lui tourner autour, la cernant de toutes parts comme s'Il s'était démultiplié afin de jouir au mieux du panorama circulaire, la harcelant de ses doigts inquisiteurs, qui, sous prétexte de la sonder à la recherche des signes d'un plaisir coupable, flattaient son clitoris en de langoureuses caresses ou bien allaient et venaient dans ses orifices détrempés tout en veillant à ne pas la conduire à l'orgasme et se contentant de provoquer des effusions cyprineuses immédiatement punies d'une claque retentissante sur son cul et d'un sermon insistant sur "l'image qu'elle renvoyait" outrageant sa pudeur et sa fierté alors qu'Il fixait son reflet dans le miroir.

*****

Elle avait tant aimé le sentir sur elle, son regard. Féroce, intrusif, tendre aussi, complice, et rieur toujours, alors qu'elle était exhibée pour lui seul. Il lisait en elle et elle se lisait en Lui, seul miroir capable de révéler cet autre reflet d'elle-même qu'elle ne montrait qu'à Lui...

jeudi 21 août 2014

Ce grand méchant Vous

                                          Promenons-nous dans l'émoi,
                                          Pendant que le Vous n'y est pas,
                                          Car si le Vous y était,
                                          Sûrement Il nous mangerait.

                                          J'ai peur, j'ai peur du grand méchant Vous,
                                          Ah la vilaine bête que ce Vous,
                                          Mais je ne sais comment j'arriverai à chasser,
                                          Pour toujours ce grand méchant Vous de mes pensées...

Me mangeriez-Vous si Vous y étiez ? Vous que je ne parviens à chasser de mes pensées...

© Maria Krugovaya

Si je Vous disais ces instants volés au néant où, errant seule dans les méandres de mon jardin secret à l'abandon, je retrouve le chemin vers la source de ma rosée intime pour y étancher mon désir survivant sous le joug spectral de mon grand méchant Vous aux aguets. Penchée à la fontaine de mes troubles émois, vulnérable, je me fais proie sacrifiée aux appétits de mon grand méchant Vous qui, bondissant dans mon dos, crochète de sa patte griffue le dernier verrou d'un territoire encore vierge pour y apposer la marque de son empreinte imprimée sur ma chair.


Si je Vous disais combien je suffoque, je gémis au présent quand sonne l'heure des histoires de grand méchant Vous tantôt rédempteur, tantôt corrupteur au gré de mes coupables fantaisies sensuelles. Combien mon corps dénudé et offert s'enflamme et brûle au feu de Vos prunelles qui toujours brillent dans un coin de mon esprit au plus noir de mes nuits blanches, dans l'angle mort de mes fantasmes. 

                                                         Promenons-nous dans l'émoi,
                                                         Pendant que le Vous n'y est pas,
                                                         Car si le Vous y était,
                                                         Sûrement Il nous mangerait...
 

lundi 14 juillet 2014

Petite pisseuse

© Christian Coigny
Vue sur le blog Au fil des jours...

Cette idée ne la quittait pas. Elle revenait la titiller de loin en loin. De près en près. Une idée à laquelle elle avait fermé la porte, hermétiquement, définitivement, quand lui la voulait grande ouverte. Ou tout juste entrouverte pour commencer, à la rigueur, ne voulant pas la brusquer au risque de la perdre corps et âme. 
Pisser la porte ouverte ? Jamais ! Devant le refus farouche qu'elle avait opposé avec obstination, rencontre après rencontre, il avait fini par céder, lassé de se heurter au mur de cette limite a priori infranchissable. L'était-elle réellement ?

Le temps avait passé. La graine de fantasme qu'il avait semée avait finalement germé dans le terreau fertile de son jardin intime, s'enracinant profondément en elle. Et lentement poussé à l'ombre de sa pudeur, de son éducation et de ses principes. Et enfin fleuri. Bien après lui, qui n'en respirerait jamais le parfum. Elle ne pouvait qu'imaginer la honte d'être sa petite pisseuse, entièrement nue, accroupie sur un pot de chambre, face au miroir de son regard...

*****

Il l'aurait convoquée à son bureau, celui-là même sur lequel il aimait la voir courbée, jupe troussée et culotte baissée, dans l'attente de recevoir le martinet pour les punitions des grands jours. Il l'y aurait convoquée juste après leur petit rituel d'ouverture, et elle serait venue le rejoindre nue et pantelante, le cul rougi, le sexe humide, l'appréhension au ventre, cherchant en elle-même ce qu'elle avait bien pu faire pour mériter sa sévérité.

Il aurait laissé planer le doute quelques secondes, se délectant de son trouble, mimant le courroux, les sourcils froncés, le regard sombre, désignant l'écran de son ordinateur comme si sa faute y était inscrite. Un mail particulièrement irrévérencieux peut-être ? Elle fouillait ses souvenirs qui refusaient de lui livrer la clé de l'énigme. La voyant suffisamment déstabilisée, il l'aurait invitée à venir s'asseoir sur ses genoux. Il pourrait plus tard lui reprocher les traces qu'elle laisserait immanquablement sur son pantalon, mais cela était une autre histoire...

Elle aurait alors découvert le pot aux roses, ou plutôt les pots de chambre : une page d'enchères eBay pleine de pots de chambre récents ou anciens, unis ou à motifs, en plastique, en taule émaillée ou en porcelaine... Elle aurait fait mine de ne pas comprendre immédiatement, puis, rouge de confusion, aurait bruyamment protesté tout en cachant ses yeux derrière le rempart de ses mains, doigts écartés pour n'en pas perdre une miette !

Il aurait enserré ses poignets et croisé ses bras en camisole autour de sa taille, l'obligeant sous la menace d'une fessée à se confronter dès à présent au supplice qu'elle devrait bientôt subir. L'obligeant à y participer en lui imposant de choisir l'objet de ses tourments à venir. 
Elle y aurait passé du temps, celui de l'écouter lui expliquer avec force détails la façon dont la cérémonie qu'il avait concoctée spécialement pour elle se déroulerait...

Elle devrait bien sûr commencer par demander poliment l'autorisation d'aller se soulager. Qui lui serait accordée. Mais pour éviter que cette demande ne devienne un prétexte tout trouvé pour se soustraire quelques minutes à sa domination quand bon lui semblerait, il lui faudrait dorénavant faire "ça" devant lui. Face à lui, qu'il puisse s'assurer de la véracité de ses dires. En plein milieu du salon, sur le pot, les cuisses écartées, sans rien cacher de cette dernière intimité qu'elle dérobait jusqu'à présent à ses regards et qu'il viendrait essuyer lorsqu'elle aurait fini.

Au fur et à mesure qu'il déroulerait le programme de cette petite humiliation à son oreille, il aurait lentement écarté les genoux, lui ouvrant largement les cuisses. Sa main serait venue sonder son sexe béant, détrempé et gonflé de désir, signe de son tacite assentiment ; et, sans même le vouloir, en quelques caresses à peine appuyées, il l'aurait fait jouir très vite, d'un orgasme qui la secouerait des pieds à la tête et la laisserait de longues minutes hagarde, la tête renversée en arrière sur son épaule, les yeux clos. 

Ayant retrouvé ses esprits, elle désignerait sans la moindre hésitation et avec un empressement proche de l'enthousiasme débridé un pot de chambre en porcelaine à motifs floraux bleus sur lequel elle avait immédiatement porté son dévolu.
Les jours suivants, elle ne cesserait de s'enquérir de l'arrivée du colis, trépignant d'impatience comme prise d'une envie pressante !

vendredi 11 juillet 2014

Derrière la porte

© Paninina
Vue sur le blog Au fil des jours...

Elle était allongée sur le lit, nue, offerte sans retenue et contre toute pudeur à commencer par la sienne à l'homme qui la pilotait d'une main sûre vers les ultimes soubresauts du plaisir, après qu'elle lui eût demandé poliment la permission de jouir. Mais la matinée touchait à sa faim de loup insatiable de mille et un petits supplices à lui infliger ; aussi décréta-t­-il subitement qu'il était temps d'aller se restaurer toutes affaires cessantes, la laissant dans un état d'insupportable frustration.
Il n'était pas midi...

Cette interruption brutale autant que prématurée qu'elle estimait particulièrement déloyale fut son passeport pour garceland, sa terre d'adoption qu'elle ne quittait pour l'aller rejoindre le temps d'une parenthèse enchantée qu'en forçant la frontière de son caractère fier et indépendant, renonçant à son insolence naturelle pour quelques soupirs de soumission clandestine dérobés à la surveillance attentive de sa morale post-­féministe modérée, pour ne pas dire tiède. 

Ah ça, elle ne serait pas la seule dont les appétits resteraient insatisfaits ! 
Si elle savait n'être pas en mesure de le priver de son déjeuner, elle pouvait toujours tenter de le différer. Elle y employa toute sa force d'inertie, traînant des pieds sans en avoir l'air, feignant de chercher à travers tout l'appartement ses vêtements comme toujours soigneusement pliés sur le bras du fauteuil, multipliant les allers-­retours entre la chambre, le salon et la salle de bain, consultant à moult reprises son mobile pourtant éteint... Tout un ballet de gestes aussi futiles que factices dansés dans le plus grand silence auquel elle s'efforçait de donner les intonations plus ou moins subtiles du désaveu et du plus profond mécontentement. 

Elle tarda tant et si bien qu'à la fin il sévit, faisant preuve de presque autant de mauvaise foi qu’elle-même avait développé d'art dans la nonchalance rétorsive : elle serait « dispensée » de culotte sous sa robe légère d'été, à seule fin de lui épargner, à elle la peine et le temps de l'enfiler sur ses rougeurs sensibles, souvenir encore vif de leur petit rituel d'ouverture, à sa petite culotte la souillure de ses débordements cyprineux ! 
Elle était prise à son propre jeu, et une fois de plus il triomphait. Du moins le lui laissa-­t­-elle croire, prenant une mine mi­-contrite mi­-boudeuse de circonstance...

Ils descendirent au garage. 
Il lui ouvrit la portière côté passager, la referma sur elle après qu'elle eut pris place et contourna le véhicule pour aller s'installer au volant. 
Elle avait profité de ces quelques secondes pour plonger dans son sac à main et s'emparer de la culotte de secours qu'elle conservait dans sa trousse de survie à côté de sa brosse à dents, de sa brosse à cheveux et de quelques autres babioles dont elle gardait le secret. Elle ne parvint cependant pas à s'en parer sans être vue, ce qui ne manqua pas de le fâcher vraiment. 

Il l’exhorta une fois à ôter sur le champ l'indésirable et à la lui donner, sur un ton de fureur contenue. Elle refusa. Il sortit de l'auto sans un mot et partit, la laissant seule. 
En omettant de se soumettre aussi frontalement, elle avait enfreint la sacro­sainte règle du « oui ou l'huis », et elle se retrouvait donc à la porte, penaude. 

La colère la prit. 
Elle lui en voulait tous azimuts. De l'avoir privée d'un orgasme bien mérité après qu'elle se fut résolue non sans mal à le quémander. De l'avoir poussée à la transgression et de s'en offusquer. D'être un vieux con ! D'en être éperdument amoureuse. 
Elle s'en voulait plus encore d'avoir réagi aussi sottement ! De l'avoir agacé, et de si piètre façon, dénuée d'esprit et de grâce. Une provocation puérile de chipie, terme et comportement qu'elle abhorrait. Cette pensée la mortifia. 

Elle avait le choix entre rester et partir. Elle ne voulait rester mais ne pouvait partir... 

Après d'interminables minutes de réflexion dans l'obscurité de la cage d'escalier où l'amour et la raison le disputaient à son incommensurable orgueil et qui, de surcroît, lui épargnaient le déshonneur d'une reddition trop rapide, elle prit finalement le parti de la repentance sincère. Elle fit glisser le bout d'étoffe le long de ses jambes puis alla sonner à la porte la culotte à la main. 

Il accueillit ce gage d'obéissance avec un sourire éclatant de certitudes, comme s'il n'eut jamais douté de l'issue de cet ultimatum, tenant toutefois, histoire d'avoir les derniers maux, à s'assurer de visu de la bonne observance de la consigne en lui intimant l'ordre de relever un pan de sa robe alors qu'elle était encore sur le seuil de la porte, sans égard pour sa crainte d'être vue d'un voisin curieux qui aurait pu épier au judas.

jeudi 10 juillet 2014

Le fruit défendu

© Hannes Caspar
Vue sur le blog Les récits de Malicieuse-Cigogne

Le temps. Il était le maître du temps, le maître de son temps à elle. Le métronome de ses émois. Elle pouvait bien traîner des pieds ou piaffer d'impatience, faire mine de le bouder ou au contraire le harceler, c'est toujours lui qui décidait du quand, et cela la chavirait. Qu'il fût ainsi de droit et depuis le début, comme une évidence pour chacun sans qu'il fût besoin de lutter pour lui ou question de le contester pour elle, le maître de son temps. Le temps de l'attente, celui de la douleur, celui du plaisir, et celui de toute chose.

Pour l'heure, il n'avait justement pas le temps de s'occuper d'elle. Un rapport à taper qui ne pouvait attendre, lui, contrairement à ses fesses. C'est ce qu'il avait osé lui dire, en y mettant l'accent tonique et la juste dose de désinvolture dont il savait qu'ils résonneraient à ses oreilles et à son amour propre comme une moquerie, sinon comme une insulte.

Elle en était mortifiée. Pas tant qu'il fasse passer ses obligations professionnelles avant elle ­ - on ne pouvait vivre d'amour, de fessées et d'eau fraîche ­ - mais qu'il n'ait pas pris la peine de s'en acquitter à un autre moment, la veille, ou l'avant-veille, ou quand bon lui semblait pourvu que ce ne fut pas précisément maintenant !
Ignorait-­il donc le temps qu'elle passait, elle, à organiser son agenda en fonction du sien pour que rien ne perturbe ou n'empiète sur ces quelques heures qu'il lui accordait ? Ignorait-­il le temps qu'elle passait à se préparer pour lui plusieurs jours avant d'aller le rejoindre et dès les premières heures du petit jour, à l'aube de chacune de leurs rencontres ? 

Elle se sentait d'autant plus humiliée qu'il avait attendu, pour le lui dire, qu'elle fût nue et agenouillée à ses pieds, dans cet état de vulnérabilité né dans la soumission et l'abandon qu'elle ne s'autorisait qu'avec lui et qui présidaient à leur petit rituel d'ouverture, rejetant d'un simple revers de main l'offrande qu'elle faisait d'elle­-même au prix d'une lutte intérieure qu'il n'ignorait pas et qui ne donnait que plus de valeur à ce don. Un véritable soufflet qui froissait son orgueil aussi bien que s'il lui eut asséné une gifle.
Elle se rembrunit et entreprit de se rhabiller sans un mot, prête à fuir en un sauve-­qui­-peut désordonné pour aller lécher la plaie béante de sa fierté bafouée, chez elle, à l'abri de cet homme qui lisait si bien en elle la petite vexation qu'il venait de lui infliger et qui s'en délectait.
Lui envisageait les choses de manière quelque peu différente...

Il irait s'asseoir derrière son majestueux bureau Empire pour y faire ce qu'il avait à faire, et il prendrait tout le temps qu'il lui serait nécessaire. Elle, sage et obéissante, irait s'installer face à lui sur la petite banquette repositionnée pour l'occasion de telle sorte qu'il puisse jouir du spectacle à sa guise, et attendrait qu'il eût fini, immobile et en silence, dans une posture offerte et ouverte d'une obscénité telle qu'elle ne put en entendre la description que les yeux fermés ! Pas de lien, il ne forcerait pas sa pudeur. Non, elle allait se contraindre elle-­même à lui offrir son indécence, pour lui plaire, parce que c'est ce qu'il voulait ou serait punie sévèrement. Elle garderait la tête droite et les yeux bien ouverts, soutiendrait son regard tout du long ou serait punie sévèrement.

Bien sûr, ajouta-­t-­il sur un ton faussement consterné, il n'excluait pas que cette petite dévergondée éprouve un certain plaisir à cette exhibition qui aurait pourtant dû la couvrir de honte, aussi faudrait-­il qu'elle protège son précieux mobilier des débordements cyprineux de son sexe glabre en prenant soin de placer sous son séant le mouchoir en soie rouge carmin qu'il lui tendait et dont l'examen minutieux a posteriori permettrait d'apporter la preuve de son vice le cas échéant. Vice qui, s'il était avéré, serait puni sévèrement. Et, fallait­-il le préciser, elle avait interdiction de se caresser ou serait punie sévèrement ! 

*****

Elle ne sut jamais combien de temps elle était restée assise là. Elle perdit toute notion de temporalité dès qu'il eut terminé de lui expliquer ce qui l'attendait et qui l'avait propulsée dans ses ailleurs fantasmatiques.
Toujours est-­il qu'elle fut punie très sévèrement, après avoir dû se laver les mains qu'elle avait fort poisseuses, comme couvertes des sucs du fruit défendu...

mercredi 9 juillet 2014

L'attente

© ?
Vue sur le blog Au fil des jours...

Il exigeait d'elle qu'elle réaffirme à chaque nouvelle rencontre l'offrande fière et impudique de son corps et de son âme, qu'elle se soumette de son plein gré à sa sévérité, sans autre justification que son seul bon plaisir. Voyait­-il dans cette marque de confiance et d'abandon une preuve d'amour ? Ce "oui" scellait-­il un serment muet qui les liait pour le meilleur et pour le pire, jusqu'à ce que la vie ou la mort les sépare ?...

Elle possédait la clé de son appartement.
Une fois entrée, son manteau et son sac à main suspendus à la patère, elle se dirigea vers le salon. Il était là, assis dans la petite banquette d'angle, fumant tranquillement sa pipe. Ils n'échangèrent pas une parole, pas un regard. Elle commença aussitôt de se dévêtir, lentement, soigneusement, en une sorte de danse rituelle. Petite hésitation au moment d'ôter sa culotte... Il ne la quittait pas des yeux, elle le savait, elle pouvait presque sentir la brûlante caresse de son regard enfiévré sur sa peau.

Elle était entièrement nue à présent. Elle s'agenouilla devant lui, le cœur battant à tout rompre, le ventre en fusion, au paroxysme du trouble devant l'émotion turgescente bien visible de l'homme au costume impeccable et à la mine impassible. A force de gestes maladroits et saccadés, ivre de honte et d'orgueil à chaque frôlement involontaire de ce renflement dont elle était la cause, elle parvint enfin à déboucler la ceinture puis à la libérer des passants du pantalon.

Elle se redressa et, sans se retourner, gagna la chambre, s'agenouillant à même le sol, la tête enfouie dans un oreiller, les bras croisés dans le dos. Le silence était absolu. Attente. Mais bientôt, bientôt, des pas retentiraient dans le couloir. Dans quelques minutes, dans quelques secondes au parfum d'éternité. 
Apnée du désir...

*****

Longtemps après. Après la rupture, après les déchirements du désamour, après bien des peines et enfin après le silence qui n'est pas encore la paix, ni même l'oubli, qui n'est que le silence...
De l'eau avait coulé sur les blessures, emportant les lambeaux de reproches et de ressentiment. Il n'y avait eu ni excuses, ni pardon. Il ne restait que la passion, intacte, pour cet homme entre les bras duquel elle était née femme et auquel elle n'avait jamais cessé de penser.

Elle avait pris son temps pour revenir vers lui. Celui de plier soigneusement son orgueil dans sa poche peut-­être. Ou celui de se faire désirer. Celui surtout d'abattre les murs hérissés de pointes trempées dans le curare qu'elle avait élevés autour de son cœur en friche.
Elle avait pris tout son temps, quand lui n'en avait plus. Il était trop tard. Il serait à tout jamais trop tard pour ces amants là, qui ne verraient pas deux fois leur cœurs s'embraser...

Elle tenait dans ses mains la ceinture. Sa ceinture. Une simple ligne dans son testament, dont nul n'était parvenu à percer le mystère. Sauf elle.
Objet étrange, quasi incongru, qu'elle tournait et retournait, caressait, respirait, à la recherche d'un sens qui lui échappait. Assise au bord du lit dans ses habits de deuil, le noir dont elle était vêtue s'insinuait en elle pour occulter toute pensée réfléchie et faire place au néant. Mais son corps se souvenait. Mémoire de la chair...

Elle retrouva les gestes. Elle retrouva le trouble. Et c'est entièrement nue, à genoux par terre, la ceinture posée sur ses reins et la tête enfouie dans son oreiller, qu'elle se retrouva enfin tout entière, corps et âme reconnectés. Dans un silence absolu que nul bruit de pas ne viendrait froisser. Elle lui offrit pour la première fois de leur histoire ces larmes qu'elle avait tant rêvé de verser par lui.